Côte d'Ivoire
‘‘La récréation est terminée’’: Bouaké déclare la guerre à l’incivisme routier et à la drogue
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Editorial staff
Trois membres du gouvernement, les patrons de la police et de la gendarmerie, le corps préfectoral et les transporteurs réunis à l’hôtel de ville : la deuxième ville de Côte d’Ivoire a lancé dimanche une campagne nationale de sensibilisation qui se veut tout sauf un feu de paille. Dès lundi, plus de 2000 jeunes prendront d’assaut les rues, les gares et les marchés. En toile de fond, un chiffre qui glace : 63 morts sur les routes de Bouaké depuis le début de l’année.
Il y avait foule, ce dimanche 13 septembre 2026, dans la grande salle de l’hôtel de ville de Bouaké. Des transporteurs en tenue de travail, des motocyclistes venus par grappes, des chefs traditionnels en boubou d’apparat, des responsables d’organisations de jeunesse, des cadres de l’administration. Et à la tribune, une brochette de personnalités qui, à elle seule, disait l’importance accordée à l’événement : Amadou Koné, Ministre des transports et maire de la ville, le général Vagondo Diomandé, Ministre de l’intérieur et de la sécurité, Mamadou Touré, Ministre de la promotion de la jeunesse, de l’insertion professionnelle et du service civique. Autour d’eux, l’état-major sécuritaire au grand complet : l’administrateur général de police Youssouf Kouyaté, directeur général de la Police nationale, le général de corps d’armée Alexandre Apalo Touré, commandant supérieur de la Gendarmerie nationale, et le corps préfectoral conduit par le général Tuo Fozié, préfet de la région du Gbêkê et du département de Bouaké. Rarement une campagne de sensibilisation aura mobilisé un tel dispositif.
Un comité municipal déjà à l’œuvre
C’est au Dr Moussoh Ambroise, président du comité municipal de lutte contre l’incivisme routier et la prolifération de la drogue, qu’est revenu l’honneur d’ouvrir la série des interventions. Il a détaillé la politique communale en la matière, en la replaçant dans le cadre plus large du programme ‘‘Bouaké Nouveau’’. « Bouaké Nouveau n’est pas un slogan », a-t-il insisté, énumérant les mesures et les réformes engagées sous la houlette du maire pour changer le visage de la cité. Le comité qu’il pilote aura la charge d’inscrire la campagne dans la durée, bien au-delà de la cérémonie de lancement.
Amadou Koné : « Derrière chaque tué, il y a une famille endeuillée »
Le Ministre des transports a pris la parole au nom du conseil municipal et des populations de Bouaké. Il a d’abord remercié ses collègues du gouvernement pour leur présence et leur contribution, avant de donner le ton. « Si nous sommes réunis aujourd’hui, ce n’est pas simplement pour lancer une campagne de sensibilisation. Nous sommes ici pour lancer un mouvement de prise de conscience. Parce que derrière chaque accident de la circulation, il y a une vie. Derrière chaque tué sur nos routes, il y a une famille endeuillée ».
Suivent les chiffres, qui ont fait taire la salle. Du 1er janvier au 19 août 2026, la ville a enregistré 675 accidents, impliquant 293 motos et 46 tricycles, pour un bilan de 63 tués et un nombre indéterminé de blessés gardant des séquelles à vie. « L’incivisme routier tue. La drogue détruit », a résumé le maire. Puis la formule qui restera de cette matinée : « la récréation est terminée ». Amadou Koné a appelé les populations, et singulièrement la jeunesse, à se détourner des comportements qui compromettent leur santé et leur sécurité. Il a rappelé que Bouaké, ville carrefour, universitaire, commerciale, ville de transport et de jeunesse, ambitionne de jouer pleinement son rôle de locomotive économique du centre du pays, ce qui lui impose de montrer l’exemple.
S’adressant directement aux conducteurs, transporteurs et motocyclistes, il les a invités à s’approprier la campagne : « Faites de la prudence votre marque de fabrique. Faites du respect du code de la route une fierté professionnelle ». Et à devenir, auprès de leurs collègues, de leurs familles et de leurs clients, des ambassadeurs du port du casque et du respect des règles. Le maire a également prévenu contre la tentation de l’effet d’annonce. « Nous ne voulons pas d’une campagne qui commence aujourd’hui et qui s’arrête après quelques affiches ». Quartiers, gares, écoles, universités, marchés, associations, médias traditionnels et réseaux sociaux : tous les canaux seront mobilisés.
Mamadou Touré : « Il faut que ça change »
Le Ministre de la promotion de la jeunesse n’a pas pris de gants. Déplorant des comportements irresponsables dont il a dit qu’ils ternissent l’image du pays, il s’est adressé sans détour à la salle. « Vous n’honorez pas la Côte d’Ivoire et la jeunesse ivoirienne avec de tels comportements. Il faut que ça change ». Le propos, sévère, s’est accompagné d’une main tendue. Car la lutte contre la drogue ne peut se réduire à la répression. Le Ministre est venu présenter les dispositifs mis en place sous l’impulsion du chef de l’État, Alassane Ouattara, en matière de formation, d’emploi, d’entrepreneuriat, de sport et d’engagement communautaire. Un jeune qui a un projet, qui se forme et qui travaille, a-t-on rappelé à la tribune, est un jeune qui construit son avenir au lieu de le détruire.
Vagondo Diomandé : les forces de sécurité « aux côtés des populations »
Le Ministre de l’intérieur et de la sécurité a, quant à lui, rassuré sur la disponibilité de ses hommes. Les forces de défense et de sécurité, a-t-il affirmé, seront aux côtés des populations pour faire reculer les deux fléaux. Il a tenu à saluer la contribution et l’implication du Vice-Premier ministre, ministre de la Défense Téné Birahima Ouattara, qui a instruit la Gendarmerie nationale d’agir de concert avec la Police nationale et la police municipale, à Bouaké comme sur l’ensemble du territoire. La présence simultanée du directeur général de la police et du commandant supérieur de la gendarmerie à la cérémonie valait, à cet égard, démonstration.
2000 jeunes sur le terrain dès cette semaine
Le lancement n’était que la première étape. Plus de 2000 jeunes vont désormais arpenter les rues, les marchés, les gares routières, les restaurants et les lieux publics de la ville pour porter le message au plus près des populations, avec une attention particulière pour les motocyclistes et les conducteurs. Un choix de méthode qui n’a rien d’anodin : à Bouaké, les deux-roues sont impliqués dans près d’un accident sur deux. En confiant la sensibilisation à des jeunes qui parlent la langue de leurs pairs, les organisateurs parient sur ce que les campagnes institutionnelles peinent souvent à obtenir, être écoutées.
Reste l’essentiel, qui se jugera dans les mois à venir : la capacité du comité municipal à maintenir la pression une fois les projecteurs éteints. « Nous voulons inscrire cette action dans la durée », a promis Amadou Koné. Les 63 familles endeuillées depuis janvier attendent de voir.
Sercom Ministère des transports et des affaires maritimes
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