Côte d'Ivoire
Mériquité/ Guillaume Soro répond au sénateur Kéhi : ‘‘La Mériquité grandira par sa capacité à répondre à la contradiction’’
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Après l’analyse critique consacrée à la Mériquité par le sénateur Djouha Kéhi Édouard, Guillaume Soro apporte une réponse détaillée, fondée sur les textes doctrinaux et les statuts de Générations et Peuples Solidaires (GPS). L’ancien président de l’Assemblée nationale réfute notamment l’assimilation de la Mériquité à une méritocratie classique, précise le rapport entre dette sociale et mérite, et répond aux inquiétudes relatives à la solidarité, à la fiscalité, au risque bureaucratique et à la protection des libertés individuelles. Tout en assumant la nécessité de la contradiction intellectuelle, il soutient que la Mériquité entend concilier dignité inconditionnelle, reconnaissance de l’effort, correction des inégalités de départ et responsabilité envers les générations futures. Ci-dessous, l’intégralité de sa réponse.
J’ai pris connaissance avec intérêt de l’analyse que 𝐌𝐨𝐧𝐬𝐢𝐞𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐒𝐞́𝐧𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐃𝐣𝐨𝐮𝐡𝐚 𝐊𝐞́𝐡𝐢 𝐄́𝐝𝐨𝐮𝐚𝐫𝐝, Président de la Commission de la Sécurité et de la Défense du Sénat, a consacrée à la Mériquité. Je veux d’abord l’en remercier.
Lorsque j’ai présenté cette doctrine, j’ai expressément invité mes compatriotes, les intellectuels, les universitaires, les responsables politiques et tous les citoyens intéressés à la discuter, à l’interroger et, le cas échéant, à la contester. Une doctrine qui refuserait la contradiction ne serait plus une pensée politique : elle deviendrait un dogme. La contribution de 𝐌𝐨𝐧𝐬𝐢𝐞𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐒𝐞́𝐧𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫 mérite donc une réponse respectueuse, argumentée et fondée sur les textes. Il ne s’agit ni de lui reprocher ses interrogations ni de lui demander une adhésion préalable, mais de déterminer si les objections qu’il formule portent sur la 𝐌𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐢𝐭𝐞́ telle qu’elle est effectivement définie par sa Doctrine, sa Charte, les Statuts de Générations et Peuples Solidaires et son Règlement intérieur. À cet égard, son analyse identifie correctement plusieurs préoccupations centrales de la 𝐌𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐢𝐭𝐞́ : la reconnaissance de l’effort, la solidarité, la correction des inégalités de départ, l’enracinement africain de la pensée politique et la recherche d’une articulation entre liberté individuelle et justice sociale. Cependant, plusieurs de ses objections reposent sur une compréhension du mérite, de la dette et de leur articulation que nos textes écartent explicitement.
𝟏. 𝐋𝐚 𝐌𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐢𝐭𝐞́ 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐮𝐧𝐞 𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐨𝐜𝐫𝐚𝐭𝐢𝐞
𝐌𝐨𝐧𝐬𝐢𝐞𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐒𝐞́𝐧𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫 estime que la 𝐌𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐢𝐭𝐞́ chercherait à concilier deux principes contradictoires : d’un côté, une méritocratie récompensant l’inégalité des résultats ; de l’autre, une équité imposant la redistribution. Cette objection serait fondée si la 𝐌𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐢𝐭𝐞́ définissait le mérite comme le droit du plus performant à recevoir davantage que les autres. Or ce n’est pas sa définition. La Charte définit le mérite comme « 𝒍𝒆 𝒅𝒓𝒐𝒊𝒕 𝒂̀ 𝒄𝒆 𝒒𝒖𝒆 𝒍’𝒆𝒇𝒇𝒐𝒓𝒕 𝒏𝒆 𝒔𝒐𝒊𝒕 𝒑𝒂𝒔 𝒗𝒐𝒍𝒆́ ». Elle précise qu’il n’est « 𝒏𝒊 𝒖𝒏𝒆 𝒇𝒂𝒗𝒆𝒖𝒓 𝒒𝒖𝒆 𝒍’𝒐𝒏 𝒂𝒄𝒄𝒐𝒓𝒅𝒆, 𝒏𝒊 𝒖𝒏𝒆 𝒓𝒆́𝒄𝒐𝒎𝒑𝒆𝒏𝒔𝒆, 𝒏𝒊 𝒖𝒏𝒆 𝒅𝒆́𝒄𝒐𝒓𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏 » et qu’il ne se confond jamais avec l’avantage hérité.
La Note doctrinale consacre d’ailleurs une section entière à cette clarification, sous un titre dépourvu d’ambiguïté : « 𝑳𝒂 𝑴𝒆́𝒓𝒊𝒒𝒖𝒊𝒕𝒆́ 𝒏’𝒆𝒔𝒕 𝒑𝒂𝒔 𝒖𝒏𝒆 𝒎𝒆́𝒓𝒊𝒕𝒐𝒄𝒓𝒂𝒕𝒊𝒆 ». Le mérite ne constitue donc pas, dans notre doctrine, un principe général de classement des êtres humains. Il intervient lorsqu’une responsabilité, une bourse, un concours, un emploi, un marché public ou une reconnaissance doivent être attribués selon un critère pertinent. Dans ces situations, la faveur, l’argent, le réseau, l’origine sociale ou la proximité avec le pouvoir ne doivent pas prendre la place du travail, de la compétence et de l’intégrité. Les Statuts traduisent ce principe en une règle précise. Leur article 6 dispose que nul ne peut être privé d’une responsabilité, d’une reconnaissance ou d’une possibilité d’engagement pour des motifs étrangers au mérite lorsque celui-ci constitue le critère pertinent. Les derniers mots sont essentiels : « 𝒍𝒐𝒓𝒔𝒒𝒖𝒆 𝒄𝒆𝒍𝒖𝒊-𝒄𝒊 𝒄𝒐𝒏𝒔𝒕𝒊𝒕𝒖𝒆 𝒍𝒆 𝒄𝒓𝒊𝒕𝒆̀𝒓𝒆 𝒑𝒆𝒓𝒕𝒊𝒏𝒆𝒏𝒕 ». La 𝐌𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐢𝐭𝐞́ ne prétend donc pas soumettre tous les droits, toutes les politiques publiques et toutes les relations sociales à une compétition permanente.
𝟐. 𝐋𝐚 𝐝𝐢𝐠𝐧𝐢𝐭𝐞́ 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐬𝐨𝐥𝐢𝐝𝐚𝐫𝐢𝐭𝐞́ 𝐧𝐞 𝐝𝐞́𝐩𝐞𝐧𝐝𝐞𝐧𝐭 𝐣𝐚𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐝𝐮 𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐞
Monsieur le Sénateur craint également que la valorisation de l’effort ne conduise à rendre les personnes précaires responsables de leur situation. Cette inquiétude est légitime dans toute doctrine méritocratique classique. Mais elle est expressément prévenue par la Mériquité. La Charte énonce que la dignité, les droits fondamentaux, les soins essentiels, la justice, la sécurité et la protection contre l’abandon sont dus inconditionnellement à toute personne. Elle ajoute que cet accompagnement doit être accordé « 𝒔𝒂𝒏𝒔 𝒔𝒂𝒏𝒄𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒎𝒐𝒓𝒂𝒍𝒆 𝒏𝒊 𝒄𝒐𝒏𝒅𝒊𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒅𝒆 𝒎𝒆́𝒓𝒊𝒕𝒆 ».
La Doctrine affirme, pour sa part : « 𝑼𝒏𝒆 𝒔𝒐𝒄𝒊𝒆́𝒕𝒆́ 𝒒𝒖𝒊 𝒏𝒆 𝒅𝒐𝒊𝒕 𝒓𝒊𝒆𝒏 𝒂̀ 𝒄𝒆𝒍𝒖𝒊 𝒒𝒖𝒊 𝒏𝒆 𝒑𝒐𝒖𝒓𝒓𝒂 𝒋𝒂𝒎𝒂𝒊𝒔 𝒓𝒊𝒆𝒏 𝒍𝒖𝒊 𝒓𝒆𝒏𝒅𝒓𝒆 𝒏’𝒆𝒔𝒕 𝒑𝒂𝒔 𝒖𝒏𝒆 𝒔𝒐𝒄𝒊𝒆́𝒕𝒆́ : 𝒄’𝒆𝒔𝒕 𝒖𝒏 𝒎𝒂𝒓𝒄𝒉𝒆́ ». La Mériquité distingue ainsi deux domaines. Le premier est celui des droits fondamentaux et de la solidarité. Dans ce domaine, nul n’a à démontrer son mérite pour être soigné, protégé, éduqué, défendu par la justice ou préservé de l’abandon. Le second est celui de l’attribution de certaines responsabilités ou possibilités pour lesquelles des critères sont nécessaires. Dans ce cas seulement, ces critères doivent être justes, publics, pertinents et vérifiables. La doctrine ne culpabilise donc pas celui qui échoue. Elle refuse précisément qu’on attribue à son prétendu manque d’effort ce qui résulte en réalité de la pauvreté, d’une mauvaise école, de l’isolement, de la maladie ou de l’absence de relations.
𝟑. 𝐋𝐚 𝐝𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐞𝐭 𝐥𝐞 𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐞 𝐧𝐞 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐯𝐚𝐥𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐚𝐫𝐭𝐢𝐟𝐢𝐜𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐣𝐮𝐱𝐭𝐚𝐩𝐨𝐬𝐞́𝐞𝐬
Monsieur le Sénateur voit entre la dette sociale et le mérite individuel un compromis potentiellement instable. Là encore, cette critique serait pertinente si la Mériquité se contentait de placer deux idées concurrentes côte à côte. Mais la Charte dit exactement le contraire : « 𝑳𝒂 𝒕𝒉𝒆́𝒐𝒓𝒊𝒆 𝒏’𝒂𝒅𝒅𝒊𝒕𝒊𝒐𝒏𝒏𝒆 𝒑𝒂𝒔 𝒅𝒆𝒖𝒙 𝒊𝒅𝒆́𝒆𝒔 ; 𝒆𝒍𝒍𝒆 𝒅𝒆́𝒄𝒓𝒊𝒕 𝒖𝒏𝒆 𝒔𝒆𝒖𝒍𝒆 𝒓𝒆𝒍𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒑𝒂𝒓 𝒔𝒆𝒔 𝒅𝒆𝒖𝒙 𝒇𝒂𝒄𝒆𝒔 ». Du point de vue de l’individu, cette relation est une dette : chacun reçoit une langue, une éducation, une mémoire, une terre, des institutions et des infrastructures qu’il n’a pas créées seul. Il lui appartient donc de préserver, d’améliorer et de transmettre cet héritage. Du point de vue de la communauté, cette même relation devient le mérite : puisque la collectivité demande à chacun de contribuer, elle doit empêcher que son effort soit confisqué par le favoritisme, la corruption ou le privilège. La dette empêche ainsi le mérite de devenir la justification des privilèges. Le mérite empêche la dette de devenir la négation ou la confiscation de l’effort. Il ne s’agit donc pas d’un compromis entre deux principes étrangers l’un à l’autre, mais d’une exigence de réciprocité.
𝟒. 𝐋𝐚 𝐝𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐧𝐢 𝐮𝐧 𝐢𝐦𝐩𝐨̂𝐭 𝐧𝐢 𝐮𝐧 𝐢𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝’𝐚𝐬𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐬𝐬𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭
Monsieur le Sénateur redoute ensuite qu’une définition rigide de la dette sociale n’ouvre la voie à un contrôle excessif de l’État sur les libertés individuelles. Cette vigilance est salutaire. Toute notion d’obligation collective peut effectivement être détournée par un pouvoir autoritaire. C’est précisément pourquoi nos textes ont posé des limites explicites. La Charte précise que la dette n’est « 𝒏𝒊 𝒖𝒏𝒆 𝒄𝒓𝒆́𝒂𝒏𝒄𝒆 𝒄𝒉𝒊𝒇𝒇𝒓𝒂𝒃𝒍𝒆, 𝒏𝒊 𝒖𝒏𝒆 𝒇𝒂𝒖𝒕𝒆, 𝒏𝒊 𝒖𝒏 𝒊𝒎𝒑𝒐̂𝒕 ». Elle ne se paie pas et ne s’éteint pas. Elle ne peut donc pas être transformée en une facture morale que l’État présenterait arbitrairement au citoyen. La Note doctrinale ajoute une formule tout aussi claire : « 𝑳𝒂 𝒅𝒆𝒕𝒕𝒆 𝒐𝒃𝒍𝒊𝒈𝒆. 𝑬𝒍𝒍𝒆 𝒏’𝒂𝒖𝒕𝒐𝒓𝒊𝒔𝒆 𝒑𝒂𝒔 𝒍’𝒂𝒔𝒔𝒆𝒓𝒗𝒊𝒔𝒔𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕 ». La Charte dispose encore que toute obligation imposée par la puissance publique au nom de la dette doit être prévue par la loi, accessible, prévisible, proportionnée et susceptible d’un contrôle juridictionnel. Enfin, les Statuts placent l’ensemble du Mouvement sous l’autorité de la Constitution, des lois de la République, de la démocratie, des droits de l’homme et de l’État de droit. Leur article 5 proclame que nul n’est au-dessus de la loi, mais que nul n’est davantage en dessous. La dette n’accorde donc aucun pouvoir discrétionnaire au gouvernant. Elle alourdit, au contraire, la responsabilité de celui-ci : celui qui reçoit davantage d’autorité, de moyens et de confiance doit davantage rendre compte.
𝟓. 𝐋𝐚 𝐌𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐢𝐭𝐞́ 𝐧𝐞 𝐩𝐫𝐞́𝐭𝐞𝐧𝐝 𝐩𝐚𝐬 𝐦𝐞𝐬𝐮𝐫𝐞𝐫 𝐚𝐝𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐢𝐯𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐜𝐡𝐚𝐪𝐮𝐞 𝐜𝐢𝐭𝐨𝐲𝐞𝐧
Monsieur le Sénateur soulève une question importante : comment mesurer le mérite sans avantager ceux qui possèdent déjà un capital social, scolaire ou culturel supérieur ? La réponse tient d’abord dans une distinction essentielle. La 𝐌𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐢𝐭𝐞́ ne propose pas la création d’une administration chargée d’attribuer une note de mérite à chaque citoyen. Elle ne veut ni classer les consciences ni quantifier la valeur des personnes. Elle exige seulement que, lorsqu’une institution utilise un critère pour attribuer un bien public ou une responsabilité, ce critère soit annoncé, pertinent et contrôlable. La Charte prévoit en outre que l’accomplissement soit apprécié au regard des moyens disponibles, des conditions de départ et des obstacles effectivement surmontés. Le résultat brut ne suffit donc pas. Le parcours compte également. Cette contextualisation répond directement au risque soulevé par Monsieur le Sénateur : empêcher que l’avantage de naissance soit maquillé en mérite personnel. La doctrine ne prétend pas que cette appréciation sera toujours simple. Elle affirme plutôt que la difficulté d’établir un critère juste ne justifie pas le recours à un critère caché, à la corruption ou à la faveur.
𝟔. 𝐋𝐞 𝐫𝐢𝐬𝐪𝐮𝐞 𝐛𝐮𝐫𝐞𝐚𝐮𝐜𝐫𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐫𝐞́𝐞𝐥, 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐢𝐥 𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐥𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐣𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐝𝐨𝐜𝐭𝐫𝐢𝐧𝐞
Monsieur le Sénateur redoute qu’un système conciliant mérite et solidarité exige un appareil administratif lourd, vulnérable au clientélisme et à la corruption. Il s’agit d’un véritable point de vigilance. Mais la Charte précise qu’elle n’est ni un programme gouvernemental ni un acte normatif. Elle ne crée, par elle-même, aucun impôt, aucune administration, aucun mécanisme de classement et aucune nouvelle compétence publique. Elle énonce les critères selon lesquels les politiques concrètes devront être jugées. La Doctrine affirme à ce propos : « 𝑪𝒆 𝒒𝒖𝒆 𝒏𝒐𝒖𝒔 𝒄𝒓𝒐𝒚𝒐𝒏𝒔 𝒏𝒆 𝒔𝒆 𝒅𝒆́𝒎𝒐𝒏𝒕𝒓𝒆 𝒑𝒂𝒔 — 𝒎𝒂𝒊𝒔 𝒄𝒉𝒂𝒄𝒖𝒏 𝒅𝒆 𝒏𝒐𝒔 𝒎𝒐𝒚𝒆𝒏𝒔 𝒅𝒆𝒗𝒓𝒂 𝒔𝒆 𝒑𝒓𝒐𝒖𝒗𝒆𝒓 ». Et elle conclut : « 𝑷𝒂𝒔 𝒖𝒏𝒆 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒊𝒒𝒖𝒆 𝒅𝒆 𝒅𝒊𝒔𝒄𝒐𝒖𝒓𝒔. 𝑼𝒏𝒆 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒊𝒒𝒖𝒆 𝒅𝒆 𝒑𝒓𝒆𝒖𝒗𝒆𝒔 ». Autrement dit, aucune politique ne pourra être déclarée conforme à la Mériquité par la seule volonté de ses promoteurs. Ses instruments, ses coûts, ses effets et ses conséquences devront être évalués au moyen d’indicateurs publics, stables et vérifiables. La critique du risque bureaucratique ne contredit donc pas la doctrine. Elle formule l’une des épreuves auxquelles toute politique se réclamant d’elle devra être soumise.
𝟕. 𝐋𝐚 𝐪𝐮𝐞𝐬𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐟𝐢𝐬𝐜𝐚𝐥𝐞 𝐫𝐞𝐥𝐞̀𝐯𝐞 𝐝𝐮 𝐩𝐫𝐨𝐠𝐫𝐚𝐦𝐦𝐞, 𝐧𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐝𝐞́𝐟𝐢𝐧𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐝𝐨𝐜𝐭𝐫𝐢𝐧𝐞
Monsieur le Sénateur évoque enfin le dilemme consistant à financer la solidarité sans décourager l’initiative privée ni étouffer les créateurs de richesse. Cette question est incontournable. Mais aucune doctrine politique sérieuse ne peut fixer abstraitement un niveau universel et permanent d’imposition, indépendamment de la situation économique, des besoins sociaux, de l’efficacité de l’État et de la qualité de la dépense publique. La Mériquité ne pose donc pas que la solidarité commanderait nécessairement une hausse indéfinie de la fiscalité. La Doctrine affirme, au contraire, qu’un État juste « 𝒏𝒆 𝒕𝒂𝒙𝒆 𝒑𝒂𝒔 𝒔𝒂𝒏𝒔 𝒇𝒊𝒏 ». Elle refuse également qu’une redistribution conduite par un État capté serve à entretenir les réseaux qui produisent l’injustice. La Charte n’exclut pas les politiques redistributives ; elle exige qu’elles soient justes, transparentes et contrôlées. Les choix fiscaux relèveront, par conséquent, du programme économique, du débat démocratique, du vote budgétaire et de l’évaluation de leurs résultats. La doctrine en fixe les limites morales : garantir la dignité, développer les capacités, protéger l’effort et ne pas transmettre aux générations suivantes une Nation appauvrie.
𝟖. 𝐋𝐚 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐚𝐫𝐚𝐢𝐬𝐨𝐧 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐉𝐨𝐡𝐧 𝐑𝐚𝐰𝐥𝐬 𝐞𝐬𝐭 𝐟𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐝𝐞, 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐥𝐚 𝐝𝐢𝐯𝐞𝐫𝐠𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐨𝐢𝐭 𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐩𝐫𝐞́𝐜𝐢𝐬𝐞́𝐞
Je remercie Monsieur le Sénateur d’avoir rapproché la 𝐌𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐢𝐭𝐞́ de la théorie de la justice de John Rawls. Il convient de préciser que j’ai attentivement lu et étudié l’œuvre majeure de John Rawls, 𝑨 𝑻𝒉𝒆𝒐𝒓𝒚 𝒐𝒇 𝑱𝒖𝒔𝒕𝒊𝒄𝒆 (𝑻𝒉𝒆́𝒐𝒓𝒊𝒆 𝒅𝒆 𝒍𝒂 𝒋𝒖𝒔𝒕𝒊𝒄𝒆), 𝒑𝒖𝒃𝒍𝒊𝒆́𝒆 𝒆𝒏 1971, un an avant ma naissance. Dans la préface de l’édition anglaise révisée de 1999, Rawls explique que les modifications intégrées à cette édition avaient été élaborées dès février et mars 1975 pour la traduction allemande. Il indique notamment avoir remanié son analyse des libertés fondamentales afin de répondre aux difficultés soulevées par Herbert Lionel Adolphus Hart. Cette œuvre a, par ailleurs, nourri un vaste débat philosophique auquel ont notamment contribué Robert Nozick et Michael Sandel. Il va donc de soi que la Mériquité ne méconnaît ni les thèses de Rawls ni les débats qu’elles ont suscités. Cette comparaison contribue utilement à situer notre proposition dans le débat intellectuel. Toutefois, la 𝐌𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐢𝐭𝐞́ ne soutient pas que les talents naturels, les privilèges familiaux ou les avantages de naissance constitueraient des mérites personnels. Elle affirme exactement l’inverse : tous les individus ne partent pas du même point, et tout accomplissement doit être apprécié en tenant compte des conditions de départ. Son mérite n’est donc pas un titre moral à l’enrichissement illimité. Il constitue une garantie contre la confiscation de l’effort, la corruption et le favoritisme. La proximité avec Rawls est ainsi plus importante que ne le laisse entendre l’opposition proposée : prise en compte du caractère arbitraire des conditions de départ, juste égalité des chances, accès à l’école, aux soins et aux institutions, et protection des plus vulnérables. La singularité de la Mériquité réside ailleurs : dans la relation qu’elle établit entre ce que chaque génération reçoit, ce qu’elle doit améliorer, ce que la communauté doit à l’effort individuel et ce qu’elle transmettra aux générations futures.
𝟗. 𝐋𝐞𝐬 𝐒𝐭𝐚𝐭𝐮𝐭𝐬 𝐞𝐭 𝐥𝐞 𝐑𝐞̀𝐠𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐢𝐧𝐭𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐮𝐫 𝐚𝐩𝐩𝐨𝐫𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐠𝐚𝐫𝐚𝐧𝐭𝐢𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐥’𝐚𝐫𝐛𝐢𝐭𝐫𝐚𝐢𝐫𝐞
Une doctrine ne se juge effectivement pas seulement à la beauté de ses principes. Elle se juge aux règles qu’elle impose d’abord à ceux qui la portent. Les textes réformés de GPS prévoient notamment : – la liberté de discussion et de contradiction dans les instances, garantie par l’article 8 des Statuts ; – le droit de chaque adhérent de demander l’inscription d’une question à l’ordre du jour ; – la souveraineté de la Conférence Nationale d’Expression Citoyenne, qui définit la ligne du Mouvement, adopte ses textes et élit ses dirigeants ; – l’obligation pour le Président de rendre compte annuellement de son mandat ; – la possibilité de révoquer le Président au scrutin secret ; – l’indépendance du Conseil des Garants, qui peut annuler les actes contraires aux Statuts ; – l’indépendance du Commissariat aux Comptes, qui contrôle la gestion financière et peut refuser de certifier les comptes ; – l’obligation de motivation des décisions juridictionnelles internes ; – le droit à la communication des griefs, à l’accès au dossier et à la défense ; – l’obligation de déport de toute personne placée en situation de conflit d’intérêts ; – l’évaluation critique permanente de l’action publique et la préparation de politiques alternatives.
Le Règlement intérieur va jusqu’à prévoir qu’un membre peut demander la poursuite d’un débat lorsque le président de séance souhaite le clore, et que la Conférence décide elle-même s’il convient de poursuivre. Ces garanties n’aboliront jamais, à elles seules, tous les risques de clientélisme ou d’abus. Aucun texte ne possède ce pouvoir miraculeux. Mais elles montrent que la Mériquité ne demande pas de faire confiance à la seule vertu d’un chef. Elle organise la contradiction, le contrôle, la responsabilité et la possibilité de sanction.
𝟏𝟎. 𝐔𝐧𝐞 𝐝𝐨𝐜𝐭𝐫𝐢𝐧𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐚𝐜𝐜𝐞𝐩𝐭𝐞 𝐝’𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐣𝐮𝐠𝐞́𝐞
Monsieur le Sénateur conclut que la Mériquité devra être jugée « au pied du mur ». Sur ce point, je le rejoins. Nos textes ne réclament aucun acte de foi. Ils demandent que la doctrine soit examinée, que ses politiques soient expérimentées, que leurs résultats soient mesurés et que leurs échecs soient reconnus. Mais avant de la juger dans sa mise en œuvre, encore faut-il la discuter à partir de ce qu’elle affirme réellement. 𝐄𝐥𝐥𝐞 𝐧𝐞 𝐝𝐢𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐮𝐯𝐫𝐞𝐬 𝐦𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐞. 𝐄𝐥𝐥𝐞 𝐧𝐞 𝐝𝐢𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭𝐬 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐚𝐦𝐞𝐧𝐭𝐚𝐮𝐱 𝐬𝐞 𝐠𝐚𝐠𝐧𝐞𝐧𝐭. 𝐄𝐥𝐥𝐞 𝐧𝐞 𝐝𝐢𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐚 𝐝𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧 𝐢𝐦𝐩𝐨̂𝐭. 𝐄𝐥𝐥𝐞 𝐧𝐞 𝐝𝐢𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐪𝐮𝐞 𝐥’𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐝𝐨𝐢𝐭 𝐦𝐞𝐬𝐮𝐫𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐯𝐚𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐝𝐞 𝐜𝐡𝐚𝐪𝐮𝐞 𝐜𝐢𝐭𝐨𝐲𝐞𝐧. 𝐄𝐥𝐥𝐞 𝐧𝐞 𝐝𝐢𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐞 𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐞 𝐣𝐮𝐬𝐭𝐢𝐟𝐢𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐢𝐯𝐢𝐥𝐞̀𝐠𝐞𝐬. Elle affirme que nul ne s’est construit seul ; que celui qui a davantage reçu porte une responsabilité plus grande ; que la dignité humaine est inconditionnelle ; que les inégalités de départ doivent être corrigées ; que l’effort ne doit être ni volé ni remplacé par la faveur ; et que chaque génération doit transmettre une Nation meilleure que celle qu’elle a reçue. Monsieur le Sénateur, votre critique nous oblige à mieux expliquer notre pensée, à préciser ses limites et à préparer rigoureusement sa traduction en politiques publiques. C’est précisément le rôle d’une contradiction intellectuelle de qualité. Je souhaite donc que cette discussion se poursuive, publiquement et sereinement. La Mériquité ne grandira pas par les applaudissements de ceux qui l’approuvent déjà, mais par sa capacité à répondre loyalement aux objections de ceux qui l’interrogent. La pensée politique ne progresse ni par l’anathème ni par le silence. Elle progresse lorsque les arguments rencontrent les textes, lorsque les principes affrontent les réalités et lorsque chacun accepte que la vérité puisse aussi venir de la contradiction.
Je vous renouvelle enfin, Monsieur le Sénateur, mes remerciements pour cette contribution particulièrement appréciée.
𝐆𝐮𝐢𝐥𝐥𝐚𝐮𝐦𝐞 𝐊𝐢𝐠𝐛𝐚𝐟𝐨𝐫𝐢 𝐒𝐨𝐫𝐨
N.B : Le titre et le chapeau sont de la Rédaction
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