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Du Tigré aux fronts soudanais : des prisonniers dénoncent un recrutement forcé

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Des vidéos de prisonniers présentés comme originaires du Tigré, circulant massivement au Soudan, relancent les accusations sur l’existence de réseaux de recrutement transfrontaliers qui enverraient des jeunes combattre aux côtés de l’armée soudanaise.

Les images, largement relayées sur les réseaux sociaux soudanais, montrent de jeunes hommes s’exprimant en tigrigna, aux mains des Forces de soutien rapide (FSR). L’un d’eux affirme avoir été contraint de participer à la guerre, sans avoir eu le choix. Selon un rapport publié par le site Sahih al-Sudan, ces témoignages remettent en lumière un système présumé d’exploitation de jeunes venus de la région éthiopienne du Tigré.

D’après les commentaires qui accompagnent ces enregistrements, des recruteurs auraient fait miroiter aux jeunes un salaire mensuel de 200 dollars, qui devait être versé sur des comptes bancaires. Des promesses qui, selon les prisonniers, ne se seraient jamais concrétisées. Ces jeunes se seraient ensuite retrouvés envoyés sur les fronts, aux côtés des forces fidèles au général Abdel Fattah al-Burhan, dans le conflit qui oppose l’armée soudanaise aux FSR. Pour l’heure, ces accusations n’ont fait l’objet d’aucune confirmation indépendante. Elles soulèvent toutefois de nouvelles interrogations sur les circuits de recrutement qui alimentent la guerre au Soudan, et sur le sort réservé aux jeunes recrutés au-delà des frontières.

Ces témoignages recoupent les accusations formulées par le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, devant le Parlement, concernant le recrutement forcé de jeunes originaires du Tigré et leur envoi au Soudan, où ils perdent la vie dans une guerre avec laquelle ils n’ont aucun lien, selon les informations rapportées par le site.

La plateforme a également cité l’International Crisis Group, selon lequel plusieurs milliers d’habitants du Tigré ont combattu aux côtés de l’armée soudanaise après être restés bloqués dans l’est du Soudan pendant la guerre dans leur région. Parmi eux figuraient d’anciens militaires. Cette participation ne suffit toutefois pas, à elle seule, à établir que l’ensemble de ces combattants ont été recrutés sous la contrainte.

Ces éléments placent le commandement de l’armée soudanaise face à des interrogations sur les conditions dans lesquelles ces combattants ont été recrutés, ainsi que sur les intermédiaires impliqués dans leur enrôlement. À l’échelle de la Corne de l’Afrique, le transfert de jeunes populations, déjà éprouvées par les conséquences d’une guerre, vers les fronts d’un autre conflit risque d’aggraver leur exploitation et d’enchevêtrer davantage la guerre soudanaise dans les conflits qui secouent l’Éthiopie et les pays voisins.