Invité par le Conseil national des Jeunes de Côte d’Ivoire pour disséquer le blanchiment de capitaux, Me Abdoulaye Ben Méité a pris tout le monde à revers. Au lieu du cours théorique attendu, l’avocat s’est invité sur le terrain politique, pilonnant sans détour certains cadres et proches du pouvoir.
Par Sérapjin Kouamé (Stg)
Pourtant, l’exercice se voulait pédagogique. Mais l’homme de loi qui fait partie intégrante du système, a vite choisi de régler des comptes avec quelques barons du pouvoir, devant une assistance médusée. D’entrée, Me Abdoulaye Ben Méité plante le décor. « Je suis honoré d’être désigné parmi ce parterre de personnalités qui pourrait naturellement aborder ce thème avec beaucoup plus d’éloquence. Je voudrais d’abord saluer tous ces jeunes qui ont décidé d’avoir, un tant soit peu pour nourriture, la connaissance, surtout se rapportant sur un thème qui touche généralement la jeunesse ». Puis, il entre dans le vif du sujet en interrogeant la notion même de blanchiment. « C’est quoi le blanchiment de capitaux ? En fait, c’est l’argent dont on n’arrive pas à définir, à prouver, à justifier de la légitimité, de la détention, de la possession ».
Selon l’avocat de la République de l’État de Côte d’Ivoire, il existe deux (2) formes de ‘‘salissure’’ de l’argent. « Soit ça vient d’une infraction pénale. Ça, c’est la première modalité du blanchiment. Ou ça ne vient même pas d’une infraction, mais c’est toi-même qui n’es pas légitime à avoir ça. Ça, c’est le blanchiment autonome. Le blanchiment, on est d’accord, c’est l’argent sale. L’argent, ce n’est pas parce que les billets sont sales, c’est pas ça ». Et c’est là que le ton monte d’un cran et l’intervention prend une tournure politique explosive. Visant clairement la gestion de certains cadres nommés par le chef de l’État, Me Abdoulaye Ben Méité charge :
« On dit que l’argent que tu as, c’est sale parce que tu as coupé la tête de quelqu’un pour aller le vendre. On t’a payé l’argent. Ça provient d’une infraction, un crime. L’argent est sale parce que le Président Ouattara, ce bon Chef de l’État, il a eu confiance en toi. Il t’a nommé directeur de société. On t’a donné un budget pour travailler. Toi, tu penses que tu es plus malin que la République. Tu voles l’argent. Tu vas faire partir mille personnes à la Mecque. L’argent, là, est sale. Toi, tu es payé à 300.000. Voici l’immeuble ».
L’avocat enfonce le clou en raillant l’aveuglement de la rue face aux enrichissements illicites : « Nous, les jeunes, on dit quoi ? Que le vié-père là, il est dangereux. Quel vié-père ça ? Le vié-père là est aux impôts. Tu as vu son immeuble ? On applaudit. C’est l’argent sale. Tu es payé à 300 000, comment on peut trouver 100 millions dans ton compte ? Comment tu fais ? Si tu n’arrives pas à justifier, c’est l’argent sale », a-t-il tranché.
En sortant des sentiers battus de la simple conférence, Me Abdoulaye Ben Méité vient d’ouvrir un dossier brûlant. Celui du train de vie et de l’origine de la fortune de certains responsables publics sous le Rhdp.