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4e Salon des collectivités territoriales : Amadou Koné pour des communes « fortes » et dotées de vrais moyens
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Redaction
La 4ᵉ édition du Salon des collectivités territoriales s’est ouverte ce jeudi 15 octobre 2026 au Parc des expositions d’Abidjan, sous le haut patronage de la présidente du Sénat. Du président de l’UVICOCI au ministre de l’Intérieur, tous les orateurs ont porté le même message : pas de transfert de compétences sans les ressources qui vont avec.
Le Parc des expositions de Port-Bouët a des allures de « maison des territoires ». Pendant trois jours, élus locaux, experts, partenaires techniques et financiers, entreprises et délégations étrangères s’y retrouvent autour de panels, de rencontres B to B et d’espaces d’exposition. Le thème de cette édition est clair : « Décentralisation renforcée : maîtriser les transferts de compétences pour des territoires plus efficaces et autonomes ».
« Nos populations ne jugent pas l’action publique à l’aune de nos textes »
Le moment fort de la cérémonie est venu du discours d’Amadou Koné. Le maire de Bouaké a pris la parole au nom des 201 communes du pays et a d’emblée donné le ton : « La force d’une nation se mesure aussi à la vitalité de ses territoires. »
Pour lui, la commune reste « le premier visage de l’action publique au quotidien ». C’est à la mairie qu’on déclare une naissance, et c’est vers elle qu’on se tourne quand une route se dégrade ou qu’un marché doit être aménagé. Puis cette formule, saluée par la salle : « Nos populations ne jugent pas l’action publique à l’aune de nos textes. Elles la jugent aux résultats qu’elles constatent dans leur vie. »
Le président de l’UVICOCI a rappelé l’article 174 de la Constitution. Celui-ci impose que tout transfert de compétences de l’État vers les collectivités s’accompagne de ressources équivalentes. Il a demandé que ce principe devienne pleinement effectif et que les ressources soient plus prévisibles, en particulier pour les petites communes rurales, « dont les besoins sont souvent considérables alors que les capacités financières et techniques demeurent limitées ». « Aucun territoire ne doit rester à l’écart de la dynamique nationale de progrès », a-t-il insisté.
Il a également abordé le statut de l’élu local, un dossier cher à l’UVICOCI. Il a salué les travaux du symposium international tenu par le Sénat en mars dernier à Yamoussoukro, tout en posant une exigence : « La légitimité de l’élu naît du suffrage, mais la confiance des citoyens se construit chaque jour, par son engagement et par ses résultats. » Il a aussi plaidé pour la formation des élus et la professionnalisation des administrations municipales.
Le ministre a ensuite fixé un cap au salon : « Que ce Salon ne soit pas seulement celui des échanges et des intentions. Qu’il soit aussi celui des solutions, des partenariats et des projets qui prendront vie dans nos communes. » Selon lui, la décentralisation « n’éloigne pas l’État du citoyen » mais « rapproche l’action publique des réalités du terrain ». Sa réussite se mesurera « à ce que nous aurons changé, concrètement et durablement, dans la vie de nos concitoyens ». Il a conclu par un mot d’ordre : « Des communes fortes, pour une grande Côte d’Ivoire ! »
Aka Aouélé : des recommandations « réalistes » pour lever les obstacles
Le président du CESEC et de l’ARDCI, Dr Eugène Aka Aouélé, s’est exprimé au nom des régions et districts. Il a placé la question des moyens au centre des débats. L’enjeu, a-t-il expliqué, est de créer les conditions pour que régions, districts et communes exercent pleinement leurs responsabilités et disposent des ressources nécessaires à leurs missions.
Il a rendu hommage au Sénat, qui porte selon lui la voix des territoires dans le débat national et contribue à faire entendre les réalités locales dans l’action publique.
Pour Aka Aouélé, ce salon doit servir à confronter les expériences, à faire connaître les initiatives des collectivités et à identifier des solutions pour améliorer leur fonctionnement. Il doit aussi permettre au secteur privé de repérer des domaines de coopération en lien avec les besoins des territoires. Il a invité les participants à formuler des recommandations « réalistes » et à identifier les obstacles qui appellent des réponses concertées. Il a enfin réaffirmé la disponibilité de l’ARDCI à accompagner l’État dans cet effort.
Le ministre de l’Intérieur : « Le transfert de compétences ne peut se limiter à une répartition juridique »
Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Vagondo Diomandé, s’est exprimé en sa qualité de ministre de tutelle des collectivités. Il a rappelé que le développement d’un pays se construit aussi à l’échelle de ses territoires, là où s’expriment les besoins des populations et où l’action publique doit produire des résultats.
Il a salué la vision du président Alassane Ouattara, qui a fait de la décentralisation un choix stratégique au service d’un développement équilibré des régions et d’un accès équitable aux services essentiels. Il a rappelé que la loi n°2003-208 du 7 juillet 2003 avait marqué une étape décisive dans le transfert des compétences. Plus de vingt ans après, la question essentielle reste selon lui celle des moyens. Un transfert de compétences, a-t-il souligné, ne peut se limiter à une répartition juridique des responsabilités : il doit s’accompagner de ressources humaines, financières et matérielles.
Le ministre a reconnu l’apport des collectivités, à travers la réalisation d’équipements collectifs, l’amélioration des services sociaux de base et la promotion des initiatives locales. Il a toutefois relevé plusieurs défis :
l’adéquation entre compétences transférées et ressources disponibles ;
la professionnalisation des administrations locales ;
la mobilisation des ressources ;
la qualité de la planification territoriale.
Il a ajouté que la transition numérique et les attentes de la jeunesse rendent ces exigences encore plus fortes.
Le gouvernement, a-t-il assuré, entend approfondir la décentralisation en veillant à une meilleure adéquation entre responsabilités confiées, moyens disponibles et résultats attendus. Il a encouragé les élus à innover, à nouer des partenariats et à valoriser l’attractivité de leurs territoires, pour des collectivités « fortes, responsables et performantes » au service d’une Côte d’Ivoire prospère et solidaire.
Le Sénat promet un débat public sur le transfert des compétences
La présidente du Sénat a officiellement ouvert le salon. Elle a reconnu les acquis de la décentralisation tout en posant une question très concrète. Comment demander à une commune de construire et d’entretenir des écoles ou des centres de santé, ou d’entretenir les voies, si elle ne dispose ni des ressources financières, ni des compétences humaines, ni des outils techniques nécessaires ?
Elle a annoncé que le rapport de la mission sénatoriale d’évaluation de la loi de 2003 sur le transfert des compétences serait débattu en séance publique dans les prochaines semaines. Ce rapport a déjà été transmis au chef de l’État. Elle a toutefois prévenu que l’autonomie n’a de sens qu’avec davantage de responsabilité, de transparence et de rigueur dans la gestion.
Le maire de Port-Bouët, Dr Sylvestre Emmou, avait auparavant souhaité la bienvenue aux participants. La commissaire générale du salon a, pour sa part, rappelé le chemin parcouru depuis le lancement de l’initiative, il y a sept ans.
Amadou Koné a parcouru les stands d’exposition, en s’attardant sur ceux de la région de Gbêkê. Il a échangé avec les exposants et les délégations, et a souligné l’intérêt du rendez-vous : « C’est un salon important. Il nous donne de la visibilité et nous permet d’échanger avec nos collègues, y compris ceux venus de l’extérieur. »
Les travaux se poursuivent jusqu’au samedi 17 octobre. La cérémonie d’ouverture a réuni plusieurs présidents d’institutions, dont la présidente du Sénat, Kandia Kamissoko Camara, haute patronne de l’événement. Étaient également présents Dr Eugène Aka Aouélé, président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC) et de l’Assemblée des régions et districts de Côte d’Ivoire (ARDCI) ; le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général de corps d’armée Vagondo Diomandé ; le ministre des Transports et des Affaires maritimes, Amadou Koné, président de l’Union des villes et communes de Côte d’Ivoire (UVICOCI).
Des membres du gouvernement, des ambassadeurs et des délégations venues notamment du Kenya, pays à l’honneur, du Cameroun et des Émirats arabes unis complétaient l’assistance.
ARS et Sercom Amadou Koné
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