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Côte d'Ivoire

Transport public – Gros flou autour de la couverture assurance : Que se passe-t-il réellement à la Sotra ?

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Avant de s’envoler pour l’Italie dans la soirée du mardi 21 juillet 2026, le Directeur général de la Sotra, Bouaké Meïté, a laissé une patate chaude sur la table de ses collaborateurs. En exigeant les justificatifs des dépenses d’assurance-auto de la flotte, le patron de la société d’État a soulevé un lièvre. La bataille des chiffres fait rage entre la Direction, les Assureurs et le Département matériel roulant (DMR). Où est la vérité? Est-on tenté de s’interroger.

C’est ce qui s’appelle partir en laissant un dossier brûlant derrière soi. Avant son départ pour l’Italie, Bouaké Meïté a ordonné aux directions de la Finance et de la Logistique, notamment au stratégique Département matériel roulant (DMR) chargé de la disponibilité des engins, de fournir les preuves d’assurance de la flotte. Les rapports des Directeurs des zones nord et sud sont vivement attendus.

Mais qu’est-ce qui a bien pu mettre le feu aux poudres ?

Au cœur de cette affaire, un imbroglio financier et logistique vertigineux. Les chiffres avancés par les différentes parties ne s’accordent pas du tout. Deux-mille-cinq cents (2 500) bus, c’est le chiffre sur lequel le Directeur général tablait publiquement, convaincu que la couverture de l’assurance suivait la dynamique de la société. Quand la compagnie d’assurance partenaire communique 2.077 bus. De son côté le Département matériel roulant soutient en interne, un chiffre choc de 982 bus. Comment expliquer un tel écart ? Comment une entreprise de l’envergure de la Sotra peut-elle se retrouver avec une telle cacophonie sur un poste de dépense aussi sensible que l’assurance-auto ? Où est passée la prime d’assurance pour les bus non enregistrés par le DMR ? Y a-t-il eu surfacturation, légèreté administrative ou détournement de fonds ?

Quand le blanchiment s’invite dans la gestion publique

Cette affaire de chiffres qui ne s’accordent pas ravive un débat brûlant à Abidjan. Celui de la gestion des budgets publics par certains cadres nommés par l’État. Une dérive récemment dénoncée sans langue de bois par Me Abdoulaye Ben Méité, avocat de la République de Côte d’Ivoire, lors d’une conférence publique consacrée au blanchiment de capitaux. « On dit que l’argent que tu as, c’est sale parce que tu as coupé la tête de quelqu’un pour aller le vendre. On t’a payé l’argent. Ça provient d’une infraction, un crime. L’argent est sale parce que le Président Ouattara, ce bon Chef de l’État, il a eu confiance en toi. Il t’a nommé directeur de société. On t’a donné un budget pour travailler. Toi, tu penses que tu es plus malin que la République. Tu voles l’argent. Tu vas faire partir mille personnes à la Mecque. L’argent, là, est sale. Toi, tu es payé à 300.000. Voici l’immeuble ».

À la Sotra, s’agit-il d’un simple désordre administratif ou d’un cas d’école de ces budgets ‘‘évolutifs’’ qui échappent au contrôle de la République ? La question est d’autant plus importante que la flotte globale de la Sotra dépasse aujourd’hui les 2.200 autobus, renforcée par la livraison récente d’un lot de 200 véhicules neufs de marque Iveco à la Gare Sud du Plateau. Entre le réseau du Grand Abidjan (1.398 bus déployés jusqu’à Songon, Bassam, Anyama ou Bingerville) et l’intérieur du pays (100 bus à Bouaké, une trentaine à San-Pédro et 36 à Korhogo), des milliers d’Ivoiriens grimpent chaque jour dans ces engins. Si seuls 982 bus disposent réellement de justificatifs d’assurance au DMR, cela veut-il dire que plus de la moitié du parc roule au hasard, en comptant uniquement sur la chance pour qu’il n’arrive aucun problème, au mépris de la sécurité des usagers ? Ou alors, l’argent est-il sorti des caisses sans que les contrats ne soient enregistrés ?

Pendant que le Dg séjourne en Italie, le malaise, lui, s’installe à Abidjan. Les regards sont désormais tournés vers les directions financières et le DMR, sommés de tirer cette affaire au clair avant le retour du patron.

Fidès Symphorien, correspondance particulière