À quatre jours du premier tour de la présidentielle brésilienne prévu ce dimanche 4 octobre, le paysage politique est bouillant. Flavio Bolsonaro, le fils aîné de l’ex-président Jair Bolsonaro, est au coude-à-coude avec Lula dans les sondages. Moins tranchant que son père, il tente de soigner son image, même si les analystes préviennent que le fond reste le même.
Par Bosco de Paré et France 24
Des spécialistes interrogés par France 24 sont unanimes: Flavio Bolsonaro n’est pas différent de son père. Pour Andreza Aruska, Directrice de l’institut d’études brésiliennes au King’s College de Londres, « il n’est pas un leader charismatique et populaire. Ce n’est pas non plus un grand orateur, et il peut sembler manquer de confiance en soi », détaille-t-elle, qualifiant la campagne présidentielle de « coentreprise familiale pour remettre au pouvoir le bolsonarisme ». Selon Corneel Weyers, spécialiste du Brésil au Centre de recherches internationales de Sciences Po Paris Flavio Bolsonaro a fait disparaître le nom de son père de plusieurs supports de campagne ces derniers mois. « Il faut faire attention à ne pas céder à la tentation de croire que Flavio Bolsonaro serait plus modéré que son père. C’est un pur emballage médiatique, alors que le fond idéologique est exactement le même », met-il surtout en garde.
« Jair Bolsonaro n’est plus aussi populaire et un peu plus de la moitié de la population juge qu’il doit purger sa peine jusqu’au bout », souligne Georg Walter Wink, de l’université de Copenhague. Il relève aussi que Flavio « est beaucoup moins brutal dans sa manière de parler et, contrairement à son père, il évite toute remarque misogyne ou homophobe », tout en gérant sa partition au sein du clan. « Carlos joue le rôle du pittbull sur les réseaux sociaux, Eduardo, qui s’est exilé aux États-Unis, s’occupe de tisser les liens à l’international avec les autres mouvements d’extrême droite, et Flavio a été choisi pour mener la campagne car il apparaît comme le plus diplomate de la famille ».
Chris Lyon de l’université de Birmingham, contrairement au père Jair, « (…) le fils revêt plus volontiers le costume de l’homme politique classique qui privilégie les compromis et sait élaborer des coalitions ». Au Sénat, il défend « une politique sécuritaire très répressive, une défense des valeurs familiales, une politique économique inspirée du modèle mis en place par Javier Milei en Argentine et une opposition à toute réglementation environnementale ». Pour lui, ce profil technocratique rend la menace plus sérieuse. « Sa capacité à négocier et à jouer le jeu des alliances pourrait le rendre encore plus efficace pour faire progresser l’agenda du bolsonarisme ».
Derrière ce vernis de gendre idéal, l’enjeu est déterminant : Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État, compte sur une victoire de son fiston pour obtenir la grâce présidentielle dès son arrivée au pouvoir.