Vendredi dans un hôtel aéroportuaire d’Abidjan. Clôturant l’atelier de priorisation des services publics numériques ce 4 septembre, le ministre Djibril Ouattara a crevé l’abcès : dispersion des initiatives, projets sous-exploités et urgence d’une gouvernance unifiée.
Par Bosco de Paré
Au terme de deux jours de travaux, la Société nationale de développement informatique (SNDI) a présenté un diagnostic sans détour. Sur 620 services publics recensés, 140 ont été analysés et 59 retenus pour une « priorisation immédiate ». Dix projets à « réalisation rapide » doivent voir le jour d’ici fin 2026 (authentification des diplômes, preuve de vie numérique des retraités, dossier patient informatisé, boîte postale numérique). Pour mettre fin au morcellement, le directeur général de la SNDI, Nongolougo Soro, a prôné « une super app, un seul portail d’accès unique pour tous les services publics ».
Abondant dans le même sens, Djibril Ouattara a martelé : « la priorité numéro un […], c’est d’arriver à mettre un cadre de gouvernance sur la transition numérique. Si on n’a pas un cadre de gouvernance […], on ne pourra rien faire ». Le ministre préconise la relance du Conseil national du numérique (« CN Digit ») sous la présidence du Premier ministre, avec un seuil d’arbitrage fixé à un milliard de F CFA pour filtrer les projets d’envergure. Puis, livrant une autocritique cash sur les dérives passées, il a dénoncé les financements mal orientés : « le travail qu’on devait faire en amont n’a pas été fait suffisamment ». Il a cité des exemples marquants : des enveloppes de 60 et 94 milliards de F CFA mal exploitées, une fibre optique modernisée « dans lequel aucun service ne passe » et un datacenter « jamais exploité » coûtant 5 milliards de F CFA par an d’amortissement. « On peut faire mieux en travaillant ensemble », a-t-il affirmé.
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Visant 700 services harmonisés et une administration « zéro papier » en 2030, le ministre prépare un « compact » avec la Banque mondiale pour « faire du numérique un service de base pour nos concitoyens ». Il a également invité les entreprises locales (via IvoirTech Next15, Skill Up et GovTechLab) à bâtir l’écosystème : « On a le devoir, en tant que gouvernement, de créer un écosystème autour de nous » où la compétence « est retenue en Côte d’Ivoire ».
Reconnaissant que le véritable obstacle demeure la lourdeur administrative. « Ce qu’on ne sait pas faire, c’est de travailler ensemble », Djibril Ouattara a conclu ce « début du commencement » en rappelant que « le numérique, c’est être connecté », avant de déclarer : « Je déclare (…) clos cet atelier de priorisation des services publics ».