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Bouaké- Mobilisation gouvernementale ce dimanche contre l’incivisme routier et le grand banditisme

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Trois ministres, une même tribune, un même mot d’ordre. Ce dimanche 13 septembre 2026 à 8 heures, l’esplanade de l’Hôtel de Ville de Bouaké accueille le lancement officiel de la campagne nationale de lutte contre l’incivisme routier et la prolifération de la drogue. Amadou Koné, Vagondo Diomandé et Mamadou Touré y scelleront une alliance que beaucoup attendaient : celle de l’État tout entier derrière un combat jusqu’ici porté, sur le terrain, par des mairies et un ministère. Après Bouaké, Korhogo et Abidjan, c’est désormais toute la Côte d’Ivoire qui est concernée.

 

Il y a des rendez-vous qui ne se résument pas à une cérémonie. Celui de ce dimanche matin, à Bouaké, en fait partie. Sur le parvis du nouvel Hôtel de Ville, la capitale du Gbêkê s’apprête à recevoir trois membres du gouvernement pour donner le coup d’envoi officiel d’une campagne dont le nom dit déjà tout : « Lutte contre l’incivisme routier et la prolifération de la drogue ». Deux fléaux, un seul front. Et un slogan sans détour affiché sur les supports de communication : « Non à la drogue. Non à l’incivisme routier. »

Autour du ministre des Transports et des Affaires maritimes, Amadou Koné, par ailleurs maire de la commune, se tiendront le général Vagondo Diomandé, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, et Mamadou Touré, ministre de la Promotion de la Jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique. Trois portefeuilles, trois leviers : la route, la force publique, la jeunesse. Le triangle exact dans lequel se joue, chaque jour, le drame des deux et trois-roues ivoiriens.

Poursuite

Ce dimanche ne marque pas le début des opérations. Il en marque l’institutionnalisation. Depuis plusieurs semaines, les forces de l’ordre ont pris l’habitude des réveils matinaux et des barrages filtrants, et le pays a vu se déployer, ville après ville, une mécanique répressive dont Bouaké a été le laboratoire.

Le 7 septembre, l’opération « port du casque obligatoire » lancée par la mairie transformait en quelques heures le visage de la circulation bouakéenne : 150 motos contrôlées dès le premier jour, 462 contraventions dressées, des engins mis en fourrière et les récidivistes menacés de confiscation définitive. Le même dispositif s’attaquait dans la foulée aux fumoirs : 22 sites visités et détruits, 14 interpellations, près de deux tonnes de comprimés de médicaments falsifiés saisies. Le directeur général adjoint de la police nationale chargé de la sécurité publique, l’inspecteur général Dosso Siaka, estimait alors le taux de port du casque à près de 80 % sur le terrain, et prévenait : il ne s’agissait pas d’un « coup de paille » de deux ou trois jours.

À Korhogo, Lacina Ouattara, dit Lass PR, mène la même bataille avec ses propres armes : le maire arpente lui-même les artères de sa commune, casque à la main, pour convaincre, avant de laisser les forces de l’ordre mettre en fourrière les engins en infraction.

À Abidjan, enfin, la Direction de la police spéciale de sécurité routière (DPSSR), conduite par le commissaire divisionnaire Touré Abdoul Kader, a ouvert le front de la métropole économique. Le 9 septembre, l’opération « Tolérance Zéro / Vacances sans accident » ciblait Cocody et le boulevard Félix Houphouët-Boigny : 37 motos saisies et convoyées à la fourrière administrative du ministère des Transports. Le lendemain, le dispositif s’étendait à Bingerville/Abatta, Treichville et Marcory : 49 nouveaux engins interceptés, pour non-port du casque, défaut de permis, transport illicite de personnes ou circulation prohibée sur le boulevard FHB.

En trois villes et une poignée de jours, le message a été le même partout : la phase de pédagogie est close, celle de la sanction a commencé.

Visite technique

C’est d’ailleurs à Bouaké même qu’Amadou Koné a passé la journée d’hier. Samedi 12 septembre, à la veille du lancement, le ministre des Transports et des Affaires maritimes s’est rendu au Guichet unique automobile (GUA) de la ville pour vérifier lui-même l’effectivité de l’opération de pose des nouvelles plaques d’immatriculation sécurisées destinées aux deux et trois-roues. Accueilli par le directeur régional des Transports et des Affaires maritimes de Gbêkê, les responsables de Côte d’Ivoire Logistique (CIL) et les agents du guichet, accompagnés du directeur général des Transports terrestres et de la Circulation Oumar Sacko et des autorités municipales, il a suivi la chaîne de traitement de bout en bout,  de la vérification du dossier à la fixation de la plaque, qu’il a d’ailleurs effectuée de ses propres mains sur une moto.

Le constat, sur place, est celui d’une affluence soutenue et d’un circuit fluide. « Ce que je vois à Bouaké est satisfaisant. Les délais sont respectés, l’accueil est professionnel et surtout, nos populations ont compris l’enjeu. La nouvelle plaque est un outil de lutte contre l’incivisme routier et un instrument de sécurité nationale », a déclaré le ministre, qui a salué le professionnalisme des agents.

Le détail technique a son importance pour comprendre ce qui se joue dimanche. Dotées d’un QR code et d’un film de sécurité infalsifiable, ces plaques visent à en finir avec les fausses immatriculations et les doublons, à faciliter le travail des forces de l’ordre et à assainir le fichier national du parc automobile. Fabriquées et posées sur place depuis le 8 septembre , là où il fallait auparavant attendre l’acheminement depuis Abidjan, à plus de 350 kilomètres , elles retirent aux conducteurs le dernier alibi commode pour circuler sans identification. Autrement dit : la répression annoncée s’accompagne des moyens de s’y conformer. C’est toute la différence entre une opération punitive et une politique publique.

Chiffres

Si l’État choisit d’y mettre le poids de trois ministères, c’est que l’addition est devenue insoutenable. En 2025, les routes ivoiriennes ont fait plus de 1 200 morts, dont plus de 400 usagers de deux et trois-roues , soit, en moyenne, plus d’un décès par jour.

À l’échelle de Bouaké seule, le bilan livré par Amadou Koné devant son Conseil municipal, le 29 août dernier, avait glacé la salle : entre le 1er janvier et le 19 août 2026, 675 accidents recensés, impliquant 293 motos et 46 tricycles, pour 63 morts. Des victimes très majoritairement jeunes. « 63 jeunes morts cette année à Bouaké du fait d’accidents de la route. C’est inacceptable », avait tranché le maire, qui dénonçait dans la foulée des rodéos transformant certaines voies de la ville en terrain à risque, y compris pour des enfants.

À ce décompte routier s’ajoute celui, plus sourd, de la drogue. Les quartiers de Belleville et de Sokoura, les plus exposés, font déjà l’objet d’une attention renforcée, et la municipalité a annoncé un projet d’infrastructure de désintoxication. Car les deux fléaux ne vivent pas dans des mondes séparés : l’un alimente l’autre, la conduite sous emprise étant l’un des multiplicateurs les plus documentés du risque routier.

Synergie

C’est là que réside la portée réelle de ce 13 septembre. Jusqu’ici, la sécurité routière pouvait passer pour l’affaire d’un ministère, et la salubrité urbaine ou la lutte contre les fumoirs pour celle d’un maire particulièrement volontaire. En réunissant l’Intérieur, les Transports et la Jeunesse sur la même tribune, le gouvernement dit exactement l’inverse : ce combat n’appartient à personne en particulier, donc il incombe à tout le monde.

La présence du général Vagondo Diomandé apporte la puissance opérationnelle , police nationale et gendarmerie, dont les instructions de mobilisation contre l’incivisme routier et les fumoirs émanent déjà du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité et de celui de la Défense. Celle de Mamadou Touré apporte le versant qui manquait souvent aux opérations coup de poing : la jeunesse, c’est-à-dire à la fois la population la plus victime, la plus verbalisée, et celle dont dépend, in fine, tout changement durable de comportement. Réprimer sans offrir d’horizon , formation, insertion, encadrement du métier de moto-taxi , revient à traiter le symptôme.

Quant à Amadou Koné, il se trouve à la jonction des deux casquettes : ministre qui a fait basculer la stratégie nationale de sécurité routière dans sa phase répressive, et maire qui l’applique chez lui sans exception. Il préside par ailleurs l’Union des villes et communes de Côte d’Ivoire (UVICOCI) , une position qui n’a rien d’anecdotique dans l’affaire, puisqu’elle lui donne le canal direct vers les 200 communes du pays.

Le calendrier annoncé ne laisse guère de place au doute. Le dispositif bouakéen est prévu pour s’étendre sur au moins trois mois, avec un bilan dressé toutes les deux semaines, et il doit s’accompagner de mesures de restriction de circulation : interdiction des deux et trois-roues sur certains tronçons de l’A3 et sur le boulevard du Carnaval, les usagers étant invités à emprunter les voies de quartier. S’y ajoutent le chantier d’identification des motos-taxis et la montée en puissance du Guichet unique automobile, deux leviers destinés à sortir durablement le secteur de l’informel.

Coordination

Mais l’ambition dépasse largement le Gbêkê. Ce que le lancement de dimanche officialise, c’est le passage d’une somme d’initiatives locales , Bouaké, Korhogo, Abidjan , à une politique nationale coordonnée, où mairies, préfectures, forces de défense et de sécurité, DPSSR et services du ministère des Transports interviennent selon le même cahier des charges. C’est précisément cette coordination qui a manqué aux campagnes précédentes, souvent spectaculaires sur quelques jours, puis dissoutes faute de relais.

Reste la question que personne n’élude vraiment : celle de la durée. Une fourrière qui se remplit n’a jamais suffi à changer une habitude, et un fumoir démantelé se reconstitue ailleurs. L’épreuve de vérité ne se jouera donc pas ce dimanche matin, sous les projecteurs de l’Hôtel de Ville, mais dans les semaines qui suivront, quand les caméras seront reparties et qu’il faudra continuer à tenir les carrefours.

Dimanche, à 8 heures, Bouaké aura au moins obtenu une chose : que l’État vienne le dire lui-même, et le dise pour tout le pays.

           Adams Régis SOUAGA et Sercom Ministère des Transports et des Affaires Maritimes

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