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Politique

Côte d’Ivoire – GPS et le pari du mérite : Ce que cache la ‘‘Mériquité’’ de Guillaume Soro

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Après le toilettage des textes de Générations et Peuples Solidaires (GPS), Guillaume Soro ne semble pas avoir voulu se contenter d’une simple réorganisation administrative de son mouvement. Il entend surtout donner à son projet politique une colonne vertébrale : « La Mériquité ». Le mot peut paraître nouveau. L’idée, elle, est beaucoup plus ancienne : remettre le mérite, la responsabilité, la justice, la solidarité et la transmission entre générations au cœur de l’action politique.

Par Hermann Kouadio Finanga

À l’origine : l’expérience vécue des ‘‘dix pintades’’

La Mériquité se présente ainsi comme une tentative de répondre à une question simple, mais décisive : comment construire une société dans laquelle l’endroit où l’on naît ne détermine pas jusqu’où l’on peut aller ? C’est à partir d’une scène vécue par Guillaume Soro qu’est construite une grande partie de cette réflexion. En 1992, étudiant à l’université de Cocody après son passage au Lycée Classique 1 de Bouaké, il estime avoir suffisamment travaillé pour obtenir une bourse. Pourtant, un camarade moins performant l’obtient. La raison qu’il lui donne tient en quelques mots : il aurait offert « dix pintades » au responsable chargé des bourses. Derrière cette anecdote, la Mériquité identifie un problème plus profond que la simple corruption. Que vaut le mérite lorsque le système permet de l’acheter ? Et surtout, que devient l’enfant pauvre lorsqu’il comprend que le travail ne suffit plus, que les relations comptent davantage que l’effort et que certaines portes ne s’ouvrent qu’à ceux qui connaissent les bons codes ? C’est ici que commence la philosophie politique proposée par Guillaume Soro.

Le mérite comme droit, pas comme récompense

La première idée forte de la Mériquité est que le mérite existe et qu’il doit être protégé. Travailler, étudier, entreprendre, respecter les règles et produire des résultats ne devraient pas être des efforts inutiles face au favoritisme, au clientélisme ou à la corruption. Dans cette vision, la corruption n’est donc pas seulement un problème moral. Elle constitue un vol du mérite. Lorsqu’un concours est attribué à quelqu’un parce qu’il possède une relation, lorsqu’un marché public revient à un proche, lorsqu’un emploi dépend d’un réseau plutôt que de la compétence, celui qui a travaillé mais qui est écarté ne perd pas seulement une opportunité. Il reçoit un message particulièrement dangereux : « Ton effort ne suffit pas ». Pour la Mériquité, c’est précisément ce message qu’il faut combattre. D’où une exigence centrale : les biens publics, bourses, concours, emplois, marchés, postes ou responsabilités, doivent être attribués selon des critères écrits, publics et vérifiables. Autrement dit, le mérite ne doit plus dépendre de la faveur d’un homme.

La dette en tant qu’héritage reçu à améliorer et à transmettre

Mais la Mériquité n’est pas le culte du « chacun pour soi ». C’est probablement l’un des points les plus importants de cette doctrine. La Mériquité ne dit pas : « Que le meilleur gagne et que les autres se débrouillent.» Elle affirme au contraire que personne ne réussit seul. Chaque individu reçoit un héritage qu’il n’a pas créé : une langue, une culture, une famille, une école, une paix, une terre, des infrastructures, des institutions. Celui qui réussit marche donc sur une route construite avant lui. Il existe alors une dette. Mais cette dette n’est pas conçue comme une dette financière que l’on rembourse puis que l’on oublie. C’est une dette entre générations. Nous avons reçu quelque chose de ceux qui nous ont précédés. Nous avons donc la responsabilité de transmettre quelque chose de meilleur à ceux qui viendront après nous. C’est là que la Mériquité cherche à réunir deux notions souvent présentées comme opposées : le mérite et la solidarité. « Nous devons tout à ceux qui nous ont précédés. Nous devons mieux à ceux qui ne sont pas nés ». Cette phrase résume l’ambition philosophique du projet.

Les générations futures, le principal enjeu

La politique ne devrait pas être seulement préoccupée par le prochain scrutin, le prochain mandat ou les intérêts immédiats d’une génération. Elle devrait aussi regarder vers ceux qui ne sont pas encore là. Dans cette logique, une politique qui enrichit les vivants tout en détruisant les possibilités des générations futures devient politiquement contestable. Le pétrole, les mines, l’eau, les terres et les autres ressources naturelles ne seraient donc pas considérés comme la propriété exclusive de la génération qui gouverne. Ils constituent un patrimoine à gérer avec la responsabilité de ceux qui viendront après. La question fondamentale devient alors : Qu’allons-nous laisser à nos enfants ? La réponse à cette interrogation constitue l’enjeu véritable de la Mériquité.