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Sécurisation foncière rurale- Les mutuelles de développement de Facobly s’approprient l’opération pour lever les entraves
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2 heuresle
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Redaction
Après deux ans de mobilisation sur le terrain, l’AFOR et le groupement Terra Vital-CGE Sotti ont dressé un premier bilan encourageant devant les élus, cadres et responsables de mutuelles du département réunis à Abidjan. Mais une inquiétude majeure traverse les esprits : la crainte que des allogènes ou des étrangers puissent accéder aux certificats fonciers. La course contre la montre est lancée avant la clôture du projet en 2028.
C’est dans le cadre feutré d’un hôtel à Angré, en plein cœur d’Abidjan, que s’est tenue, le samedi 23 mai 2026, une rencontre décisive pour l’avenir foncier du département de Facobly. Autour de la table, les représentants des mutuelles de développement des villages, des élus et cadres de la diaspora abidjanaise, le maire de la commune, le président de la Chambre des Rois, le député Sehi Gaspard, ainsi que les équipes du groupement Terra Vital-CGE Sotti, opérateur technique mandaté par l’Agence Foncière Rurale (AFOR) pour conduire le Programme de Renforcement de la Sécurisation Foncière Rurale, plus connu sous l’acronyme PRESFOR. Un rendez-vous qui avait tout d’un bilan d’étape, mais qui s’est révélé bien davantage : un appel à la mobilisation collective, à quelques années seulement de la clôture d’un programme dont les populations de l’Ouest ivoirien ont tout à gagner.
Le PRESFOR n’est pas né par hasard à Facobly. Il a fallu près de deux ans de sensibilisation acharnée de la part des élus et cadres du département, au premier rang desquels le député Sehi Gaspard, véritable point focal du projet dans la zone, pour convaincre les autorités compétentes d’y déployer les équipes. C’est le groupement Terra Vital-CGE Sotti, association d’une société sud-africaine et du Cabinet de Géomètre Expert Sotti immatriculé à Abidjan-Yopougon, qui a finalement décroché le marché et s’est installé sur le terrain voilà un an. Depuis, les agents arpentent les forêts, les champs et les villages des cinq sous-préfectures et des quarante localités que compte le département, avec une mission claire : sécuriser les droits fonciers coutumiers des propriétaires terriens, prévenir les conflits inter-villages et formaliser les relations entre propriétaires et exploitants agricoles.
Bilan
C’est l’honorable Sehi Gaspard et l’expert géomètre Alexis Sotti qui ont ouvert les travaux, rappelant d’emblée les enjeux colossaux du programme. Le PRESFOR, financé par la Banque mondiale et piloté par l’AFOR sous l’égide du ministère de l’Agriculture, du Développement Rural et des Productions Vivrières, intervient dans seize régions à travers la Côte d’Ivoire avec l’ambition de sécuriser cinq millions d’hectares de terres rurales. Dans la région du Guémon, l’objectif porte sur 263 246 hectares, dont 57 330 hectares pour le seul département de Facobly. Le message des deux hommes était limpide : si les résultats venaient à s’avérer insuffisants, les ressources du programme pourraient être réorientées vers d’autres départements. Un avertissement qui a visiblement résonné dans la salle.
Le chef de projet Kouassi Bernadin a ensuite présenté un bilan chiffré des activités conduites depuis le lancement des opérations. Le tableau d’ensemble est contrasté, mais porteur d’espoir. Sur les quarante villages ciblés, les cérémonies d’ouverture ont été organisées partout, les diagnostics des Comités Villageois de Gestion Foncière Rurale (CVGFR) ont été réalisés dans la quasi-totalité des localités, et trente-huit villages sur quarante ont vu leurs CVGFR formés et leurs délimitations territoriales finalisées. Seul le tronçon entre les villages de Semien et Taobly demeure en suspens, en raison d’un différend persistant malgré une réunion de conciliation organisée en février 2026 à la sous-préfecture de Semien. Une rencontre qui avait pourtant débouché sur un accord, avant que celui-ci ne vole en éclats au moment de la descente sur le terrain, le village de Taobly se retrouvant seul à se présenter pour matérialiser le layon.
Sur le volet de la certification foncière, qui constitue le cœur du dispositif, les résultats appellent à accélérer. Plus de 4 090 demandes ont été enregistrées dans l’ensemble du département, ce qui représente 36 % de l’objectif fixé à 11 467 demandes. Le village de Koua arrive largement en tête avec 634 dossiers déposés, devant Séambly avec 322 et Kaokossably avec 287. Mais le nombre de parcelles effectivement levées c’est-à-dire bornées et cartographiées n’atteint que 2 530 sur les 11 467 attendues, soit un taux de réalisation de 22 %. Un écart considérable qui traduit les difficultés rencontrées sur le terrain et la nécessité d’une mobilisation plus forte des communautés dans les mois à venir. Sur le front de la contractualisation, neuf contrats agraires ont été formalisés à ce jour, notamment à Koua, Séambly, Klangbolably, Tiébly et Zouatta 2, sous forme de contrats de type planter-partager.
Blocage
Au-delà des chiffres, c’est une inquiétude de fond qui a dominé les échanges et que cadres, chefs de villages, responsables de mutuelles et ONG du Cavally et du Guémon partagent unanimement : la crainte que des allogènes ou des étrangers puissent être éligibles à l’obtention d’un certificat foncier. Ce point, soulevé avec insistance lors de la réunion, constitue selon de nombreux participants le véritable nœud des difficultés rencontrées sur le terrain. Il explique en grande partie les réticences, l’attentisme et parfois le rejet pur et simple du processus dans certaines communautés. Tant que cette question ne sera pas clairement traitée et les populations rassurées sur les conditions réelles d’éligibilité, les résistances risquent de perdurer.
Les autres obstacles identifiés par les équipes de terrain sont nombreux et de nature variée. La désinformation circule dans certains villages, alimentée parfois par des messages contradictoires relayés depuis la diaspora européenne ou abidjanaise. L’attentisme est fréquent : des communautés entières refusent de s’engager dans le processus tant qu’un membre influent établi en ville n’a pas donné son aval. Dans d’autres cas, des délimitations pourtant validées lors de projets antérieurs sont remises en cause, bloquant l’avancement de dossiers pourtant mûrs. Des CVGFR non conformes à la composition légale, notamment en raison de l’absence de représentants des communautés étrangères, des femmes ou des jeunes rendent impossible la validation des certifications. Certains vendeurs de terres refusent même que les exploitants, pourtant en possession de preuves d’achat, puissent bénéficier d’un certificat foncier. Sans oublier des difficultés pratiques, comme l’absence de logements pour les équipes dans certains villages, qui ralentit le rythme des missions.
Les échanges ont permis de rappeler plusieurs points fondamentaux. Le PRESFOR est entièrement gratuit pour les populations : aucun frais ne peut légalement être réclamé pour l’enregistrement d’une demande ou la conduite des opérations de certification. Par ailleurs, depuis 2019, toute vente de terre effectuée sans certificat foncier est juridiquement nulle, mais des dispositions transitoires permettent aux parties de régulariser ces situations dans le cadre du programme, à condition de reconnaître mutuellement les droits en présence. Le CVGFR, dont le mandat est de deux ans renouvelables, n’a pas vocation à se substituer à la chefferie traditionnelle mais à la compléter, notamment dans la gestion quotidienne des demandes de certification. La grande chefferie et la Chambre des Rois, elles, constituent l’échelon naturel de médiation pour les conflits inter-villages.
À l’issue des discussions, les participants ont pris des engagements concrets. Les responsables des mutuelles se sont engagés à s’approprier pleinement le projet et à organiser des restitutions auprès de leurs familles et communautés d’origine, pour lever les réticences et l’attentisme qui plombent encore l’avancement des opérations. Ils ont aussi appelé au renouvellement rapide des CVGFR dont le mandat est expiré, à une meilleure association de la grande chefferie dans le traitement des litiges, et à l’organisation d’une prochaine rencontre dans le département même, en présence des acteurs locaux. L’honorable Sehi Gaspard a conclu les travaux en martelant l’urgence de la situation : le PRESFOR prend fin en 2028, et chaque mois perdu est un mois de moins pour sécuriser les terres d’un département qui n’a pas le droit de laisser passer cette chance historique.
Adams Régis SOUAGA et P.K
NDLR Le titre est de la rédaction
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