Entre images spectaculaires et inquiétudes citoyennes, le Ministère des Transports et des Affaires Maritimes affirme son contrôle et mobilise tous les outils pour protéger la lagune Ébrié, patrimoine écologique et économique d’Abidjan.
Dimanche 1er mars 2026, l’émission « NCI 360 » a braqué ses projecteurs sur la lagune Ébrié, au cœur de débats passionnés : l’État a-t-il perdu le contrôle du domaine public lagunaire ?
Sur le plateau, le message des autorités était clair : non, la situation est maîtrisée, mais requiert vigilance et action continue.
Le Directeur Général des Affaires Maritimes et Portuaires, le Colonel-Major Julien Kouassi Yao, et le Directeur des Affaires Juridiques et de la Coopération Internationale, le Colonel BROU Yao Raphaël, ont détaillé la stratégie du Ministère et les mesures en cours pour contenir et éradiquer le phénomène de remblayage illégal.
Le passif ancien
Une partie des inquiétudes provient de ce que les responsables qualifient de passif ancien. Avant 2017, année de l’adoption du Code maritime ivoirien, l’encadrement juridique et la surveillance étaient insuffisants. Résultat : 46 sites totalisant environ 68 hectares de remblais irréguliers se sont formés, souvent à l’initiative de communautés riveraines ou d’acteurs privés.
« Ces opérations visaient souvent à sécuriser des terres ou développer des activités locales. Elles ont cependant créé une situation fragmentée qui donne aujourd’hui l’impression d’anarchie », a expliqué le Colonel-Major Kouassi Yao.
Le Colonel BROU Yao Raphaël a ajouté que le traitement de ce passif ancien nécessite une approche graduelle : stabilisation des sites, régularisation quand c’est possible et remise en état là où les irrégularités sont trop importantes. Selon eux, certaines images circulant sur les réseaux sociaux reflètent davantage ce passif historique que des infractions récentes.
Un phénomène amplifié, mais chiffré
La lagune Ébrié couvre 56 000 hectares. Sur cette surface, 453,1 hectares ont été remblayés, soit 0,81 %, dont :
- 110 hectares d’aménagements réguliers, principalement dans le périmètre du Port Autonome d’Abidjan ;
- 343,1 hectares correspondant à des remblais irréguliers, issus majoritairement du passif ancien.
Certaines communes subissent une pression plus forte : Koumassi (11 % de sa surface lagunaire perdue), Cocody (9,3 %), Marcory (7,7 %) et la baie de Biétry (réduction de 35 % en quinze ans).
Interventions régulières et légales
Le DGAMP a rappelé que toutes les interventions visibles ne sont pas illégales. Les 110 hectares portuaires incluent le terminal à conteneurs, le terminal roulier, le terminal céréalier, le terminal de pêche et l’aménagement de la baie de Biétry. Ces travaux, encadrés par des études environnementales, répondent à des impératifs économiques : le trafic portuaire est passé de 21 millions de tonnes en 2016 à 40,1 millions en 2024, avec une projection de plus de 46 millions en 2025.
La lagune Ébrié est juridiquement inaliénable, imprescriptible et insaisissable. Les textes encadrant le remblayage comprennent :
- la loi n°2017-442 portant Code maritime ;
- le décret n°2019-243 relatif à la gestion du domaine public fluvio-lagunaire ;
- le décret n°2019-591 du 03 juillet 2019, qui fixe strictement les conditions de remblayage.
Selon le dernier décret cité, le remblayage n’est autorisé à titre exceptionnel que dans les cas suivants:
- travaux d’intérêt général par l’État ou ses concessionnaires ;
- protection de propriétés riveraines menacées par l’avancée des eaux ;
- extension légitime de villages riverains.
Tout projet doit passer par une commission interministérielle, respecter les schémas directeurs d’urbanisme et, si nécessaire, faire l’objet d’une enquête publique. Le Ministre tranche ensuite par arrêté. Le non-respect entraîne sanctions financières, pénales et obligation de remise en état.
Le bras armé de l’État
Pour assurer le contrôle sur le terrain, la Brigade Spéciale de Lutte contre le Remblayage Anarchique (BRISRA), créée en 2025, surveille en permanence la lagune. Bilan : 36 sites stoppés, engins immobilisés, surveillance 24h/24. Des défis subsistent : moyens logistiques limités, activités nocturnes clandestines et nécessité d’une meilleure coordination interministérielle.
Le Ministère reconnaît les effets cumulés du remblayage :
- augmentation du risque d’inondation ;
- réduction des zones naturelles d’expansion des eaux ;
- dégradation des mangroves ;
- perturbation des zones de reproduction halieutique ;
- modification de l’hydrologie locale.
Cependant, les autorités insistent : aucune catastrophe imminente n’est à craindre, le phénomène est sous surveillance et en voie de régulation.
Décisions
Depuis l’adoption le 23 février 2022 d’une Communication en Conseil des Ministres, des mesures vigoureuses ont été prises : suspension de tous les travaux de remblai, gel des situations litigieuses et interdiction de nouvelles emprises majeures hors projets d’intérêt général.
Depuis cette date, aucune commission interministérielle n’a siégé sur une demande d’autorisation de remblai..
L’État dispose aujourd’hui d’un dispositif juridique, opérationnel et collégial, avec brigades spéciales et commissions interministérielles, pour gérer le passif ancien et prévenir toute nouvelle infraction. Le message est limpide : « il faut laisser la lagune respirer ».
En somme, entre héritage historique, encadrement légal strict et action sur le terrain, le Ministère des Transports et des Affaires Maritimes affirme sa détermination à protéger la lagune Ébrié et à concilier développement économique et préservation de l’écosystème.
ARS et Sercom Ministère des Transports et des Affaires Maritimes
NDLR Le titre est de la rédaction