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Présidentielle 2020- Affi N’guessan annonce la fin de mandat pour Ouattara samedi prochain

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PROPOS LIMINAIRES DE LA CONFERENCE DE PRESSE DE LA PLATEFORME DES PARTIS POLITIQUES DE L’OPPOSITION

Chers amis de la presse,

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Merci d’avoir répondu une fois encore à notre invitation, à cinq jours du coup d’Etat programmé par Alassane Ouattara, soi-disant contre sa propre volonté !

Merci de nous donner l’occasion, à travers vos médias, de nous adresser à nos compatriotes, que je sais inquiets pour notre pays mais mobilisés pour le succès de la désobéissance civile.

A cinq jours donc de la parodie d’élection présidentielle infligée à la Côte d’Ivoire, nous vous avons conviés afin de procéder à un nouveau bilan de la crise électorale que nous traversons, en vous donnant toutes les précisions dont nous disposons sur la désobéissance civile, et sur la répression sanglante et arbitraire à laquelle se livre le pouvoir. Et puis, nous reviendrons sur la stratégie de chaos dans laquelle Alassane Ouattara a décidé de plonger la Côte d’Ivoire après le simulacre du 31 octobre, un chaos dont il a précisé les contours dans différentes interviews accordées à la presse française.

  1. LE BILAN MATERIEL ET HUMAIN DE LA CRISE.

Le peuple ivoirien s’est approprié avec volontarisme et avec un courage remarquable le mot d’ordre de désobéissance civile dont le Président Henri Konan Bédié et moi-même avons lancé la phase active lors de notre point presse commun du jeudi 15 octobre. Je remercie une fois encore nos compatriotes et les invite à poursuivre ce combat en passe d’être gagné.

Alassane Ouattara est d’ailleurs bien obligé d’en tirer les conséquences. Désormais incapable de tenir son élection fictive sur l’ensemble du territoire, il a annoncé la fermeture de plus d’un bureau de vote sur deux. C’est la reconnaissance spectaculaire de la force de la mobilisation contre le troisième mandat. J’y reviendrai dans quelques minutes.

A l’heure où je vous parle, en l’absence d’un global et bilan officiel du gouvernement, après recoupements des informations en notre possession, notamment de sources policières, judiciaires et hospitalières, le bilan que nous pouvons dresser de la répression de la désobéissance civile est le suivant :

Selon un communiqué du gouvernement en date du 24 octobre, pour la seule commune de Dabou, nous déplorons :

16 morts

67 blessés

52 individus interpellés

Nombre de fusils saisis :12

Nombre de machettes saisies : 70

Nombre de maisons incendiées : 3

Nombre de véhicules calcinées : 10

Au niveau national, les chiffres consolidés sont les suivants :

Nombre de morts : 67

Nombre d’interpellations : 211

Nombre de fusils saisis 32

Nombre de machettes saisies : 234

Nombre de biens incendiées : 9

Nombre de véhicules calcinés : 42

  1. LES EXACTIONS DU REGIME

La mobilisation pour la désobéissance civile affole le régime. Il perd pied. Il perd pied parce qu’il sait ses jours comptés. Il répond par une stratégie de la terre brûlée et de terreur sur les populations. Il piétine en vérité toutes nos valeurs d’hospitalité et de fraternité.

Il aurait pu privilégier le dialogue, saisir notre main tendue, accepter l’ouverture de vraies négociations sur nos différends sous la médiation de la CEDEAO. Il a choisi de court-circuiter la mission de la CEDEAO en la réduisant à une simple instance d’observation, ce qui n’est bien sûr pas acceptable pour nous.

A ce stade, nous avons besoin d’un facilitateur impartial dans le cadre d’un dialogue inter ivoirien et non d’un observateur passif et placide.

Notre pays est en danger. Il est en danger parce-que la réconciliation a été bradée, bâclée, ignorée par un clan de pyromanes.  A la moindre étincelle, nous déplorons de nombreux morts dans notre pays. A la moindre étincelle, le pouvoir attise la haine et joue une ethnie contre une autre, au risque de déclencher des affrontements dont nous connaissons tous la dangerosité.

Ailleurs en Afrique, d’autres pays en ont payé le prix lourd. Je pense au Rwanda, où cette haine s’est traduite par la volonté d’extermination d’une communauté. Le Rwanda qui a réussi son processus de réconciliation parce qu’il a su s’en donner les moyens, parce que ses dirigeants l’ont ardemment voulu. Nous voulons pour la Côte d’Ivoire ne connaitre de la leçon que nous donne le Rwanda que cette belle réussite en matière de réconciliation nationale.

Sur le terrain, la violence du régime est en réalité désormais totale. Comment le pouvoir ose t’il afficher un tel mépris pour les morts dus à sa politique de division et affirmer aux médias internationaux que la réconciliation nationale a été faite ? M. Ouattara a t’il le sentiment que la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui ressemble à une nation réconciliée ?

La violence est partout, j’évoquais il y a un instant le lourd bilan humain. La violence est en réalité à la fois physique et institutionnelle.

  • Violence physique avec ces chasses à l’homme tragiques dont les militants de nos différents partis et plateformes sont victimes de la part des miliciens à la solde du régime. La méthode est désormais parfaitement rodée : le régime s’appuie sur des milices parallèles, ces véritables commandos de la mort, équipés de machettes et d’armes à feu (kalachnikov et calibre 12). Convoyées par le régime dans des véhicules réquisitionnés pour l’occasion, ces jeunes « microbes » instrumentalisés par le pouvoir sont armés jusqu’aux dents. Ils tuent, blessent, tabassent jusqu’au sang, ils pillent et brûlent. Ils sont parfois assistés, protégés dans leurs basses besognes par des forces de défense et de sécurité. Alassane Ouattara sacrifie son peuple sur l’autel d’un narcissisme effréné et d’une soif de pouvoir qui ne connait désormais plus de limites. Nous souhaitons l’ouverture d’une enquête internationale sur ces crimes commis par le président sur son propre peuple.

Le président Bédié et moi-même tenons à présenter nos condoléances aux familles endeuillées et aux amis des victimes, et toute notre compassion aux blessés. Nous assurons les prisonniers que nous ne les oublions pas et les assurons de notre détermination à œuvrer pour les revoir très vite en liberté.

Depuis ces derniers jours, cette violence totale, cette souffrance inouïe portent le nom de Dabou. Dabou est devenue le symbole de la barbarie du régime envers ses enfants, de la volonté radicale d’éradiquer la légitime désobéissance civile, le symbole du calvaire que traverse le peuple ivoirien en lutte.

La mobilisation de Dabou, le courage de ses enfants resteront dans nos mémoires comme un haut lieu de notre résistance à la tyrannie. On a d’ailleurs vu surgir sur les réseaux sociaux, le hashtag #JeSuisDabou. C’est l’expression de la solidarité de tout un peuple et, au-delà de nous, des amis de la Côte d’Ivoire, envers cette localité martyre.

  • La violence est également institutionnelle

Nous savons tous que l’élection présidentielle ne peut pas se tenir sans bureaux de votes, sans matériel de vote, sans candidats, sans Commission Electorale Indépendante, sans commissions locales. Contre toute raison, le régime s’obstine et s’efforce de contourner cette évidence.

Après avoir décidé de faire distribuer les cartes électorales dans les commissariats et par porte à porte, en violation de la loi électorale, Alassane Ouattara vient d’annoncer dans un journal français, le Journal du Dimanche, qu’il avait unilatéralement décidé de réduire le nombre de bureaux de vote de plus de la moitié, de 22.000 à 10.000.

Une fois encore, il bafoue les règles de droit, piétine le code électoral qui dispose en son article 21 que « le nombre et les lieux de bureaux de vote sont fixés par décret pris en Conseil des Ministres sur proposition de la Commission chargée des élections ».  Plusieurs remarques à l’annonce de cette nouvelle facétie : le chef de l’Etat crée deux catégories de citoyens, ceux qui peuvent voter et les autres ; il reconnait implicitement le succès de la désobéissance civile puisque 12.000 bureaux de vote sont impraticables ; il avoue la totale dépendance d’une Commission Electorale sous contrôle et valide notre démarche de désobéissance civile.

C’est en réalité le fait du prince !  Mais comme il n’y a ni prince, ni roi, ni empereur, ni Sauveur Suprême dans la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara va finir son mandat et puis il va partir.

  1. LA STRATEGIE DU CHAOS

Il va partir car nous n’allons pas le laisser plonger notre pays dans le chaos. C’est bien le chaos qu’il prépare. Il n’ose pas le dire explicitement au peuple ivoirien. Mais lorsqu’il s’exprime face à des journalistes français, il se lâche. Sans vergogne, sans tabou !

Son interview au quotidien Le Monde est particulièrement édifiante sur sa psychologie et ses intentions. Alassane Ouattara tombe le masque et personne ne pourra dire demain : je ne savais pas !

Ni nous Ivoiriens, ni ces chancelleries occidentales qui espéraient des gestes d’ouverture post élection présidentielle et envers lesquelles il se pose en garant de la stabilité. Elles sont désormais fixées, pleinement informées. Ouattara c’est la garantie de l’instabilité dans une sous-région en crise, où la menace sécuritaire est partout, la menace terroriste partout. La stabilité n’est pas possible avec les violences dont sa candidature même est porteuse. La condition de la stabilité, c’est la réconciliation, socle de la paix et du développement.

Dans ces différents propos, on retrouve logiquement sa propension bien connue au mensonge.

Nous avons relevé quelques contre-vérités en vrac : « l’opposition souhaite un coup d’Etat » ; « je me présente contre ma volonté » ; « la Constitution ne m’interdit pas d’être candidat » ; « une majorité d’Ivoiriens me l’a demandé puisque le RHDP est majoritaire au parlement », avec ici une curieuse confusion entre son parti et le peuple ; et puis encore « l’opposition provoque des violences ».

Mais au-delà de ce trait du personnage, l’interview révèle en réalité sur le plan psychologique une série de pathologies lourdes :

– l’obsession qui se traduit par une fixation presque névrotique sur la personne du président Henri Konan Bédié

– la brutalité et le mépris envers l’autre,

– le narcissisme, qui dans cette phase aigüe que traverse Alassane Ouattara, s’accompagne d’un syndrome de l’homme providentiel.

– la mégalomanie, souvent associée au narcissisme

– le refus absolu du jeu démocratique avec cette explication qu’il donne d’être candidat par le risque de voir triompher le président Henri Konan Bédié et cette proclamation : « cela je ne peux l’accepter ». Il avoue que sa candidature s’explique par la haine, mais la Côte d’Ivoire n’a pas besoin de haine pour avancer. En démocratie, c’est le peuple qui tranche… Mais cela Alassane Ouattara ne peut le comprendre car il a instauré une dictature.

– la recherche éperdue de la revanche, de la vengeance sur tous les acteurs politiques de ce pays à l’exception de son clan.

Car les intentions à cet égard sont claires et terriblement inquiétantes. Alassane Ouattara annonce une répression démultipliée après sa captation du pouvoir. Il refuse catégoriquement le rassemblement et la réconciliation.

  • Le troisième mandat, c’est la promesse faite d’anéantir purement et simplement l’opposition. Avec cette menace, je cite, de « nous attraper tous après l’élection ».  Alors je pose la question : Va -t-il emprisonner toute la Côte d’Ivoire qui se lève comme un seul homme ? Pour ce qui nous concerne, il peut plastronner, menacer, intimider, aucun d’entre nous n’a peur car la cause de la démocratie dépasse nos personnes et nos sorts respectifs.

  • Le troisième mandat, c’est l’assurance de la prison à vie pour Guillaume Soro, qui l’a pourtant si bien servi, au mépris de la séparation entre le pouvoir exécutif et le judiciaire. Dans un Etat de droit, ce sont les tribunaux qui jugent et condamnent, et pas un individu, aussi puissant soit-il !

  • Le troisième mandat, c’est ce chantage exercé sur Laurent Gbagbo, condamné à attendre l’appel de son procès pour rentrer au pays, condamné au silence à son retour, sous la menace de procès en Côte d’Ivoire. Et là je le dis avec force : On ne pose pas de conditions au retour de Laurent Gbagbo. On ouvre grands les bras à Laurent Gbagbo.

  • Le troisième mandat, c’est l’appropriation des institutions et son utilisation au gré de ses intérêts, dans le registre de son seul « bon plaisir ». Avec cette annonce d’une nouvelle réforme de la constitution pour sortir ses adversaires du jeu politique. Avec ce doute sur la nomination d’un vice-président, alors que le poste est prévu par la constitution de 2016 qu’il a fait voter. Imagine-t-on un candidat à la présidentielle en France déclarer « je ne sais pas si je vais nommer un Premier Ministre », alors que c’est une exigence constitutionnelle ?

  • Le troisième mandat, c’est en réalité un quatrième mandat, avec la probabilité d’une présidence à vie puisque Ouattara estime « qu’à son âge, il peut faire deux mandats sans souci ».

Face à ses propos surréalistes, nous tenons à réaffirmer le sens de notre combat commun : On ne joue pas avec les institutions, on les respecte, on les applique. Elles ne sont pas un cahier d’écolier qu’on griffonne et rature au gré de ses impulsions et de ses intérêts. Si les institutions ne le permettent pas, on ne se représente pas ; on nomme un vice-président si la Constitution le prévoit. On respecte l’indépendance de la justice en ne décernant pas des peines de prison à vie de son propre chef.

Dans cette dernière ligne droite, nous en appelons donc à la mobilisation de tous pour contrer Alassane Ouattara en étendant la désobéissance civile sur l’ensemble de la Côte d’Ivoire.

Nous dénonçons par avance l’envoi d’observateurs pour observer une élection où il n’y a en réalité qu’un seul candidat. Nous rejetons par avance les conclusions que de tels observateurs tireront de leur mission, qui n’a aucun sens. C’est une élection où il n’y a qu’un seul candidat qui, bien entendu, se déclarera vainqueur ! Il n’y a pas de suspense… Donc de grâce, ne faisons pas semblant !

Alassane Ouattara est un pyromane et un apprenti sorcier qui déshonore la fonction. Samedi 31 octobre, il cessera de l’incarner.

Je vous remercie,

Abidjan le 26 Octobre 2020

AFFI N’Guessan Pascal,

Porte-parole de la plateforme de l’Opposition