À Abidjan, le ministre Amadou Koné a présenté le bilan à mi-parcours de la Stratégie nationale 2021-2025 de sécurité routière, dans le cadre d’un panel de haut niveau sur les accidents de la circulation. Une occasion d’échanges inter-pays avec la Guinée, invitée d’honneur du FEMUA 17.
Dans le cadre de la 17e édition du Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo (FEMUA), un panel s’est tenu le mercredi 16 avril 2025 à l’Institut National de la Jeunesse et des Sports (INJS) d’Abidjan. Ce rendez-vous, inscrit dans la rubrique « Carrefour Jeunesse », a réuni le ministre ivoirien des Transports, Amadou Koné, et M. Tamba Benoît KAMANO, ministre secrétaire général du gouvernement de la République de Guinée. Thème du jour : « Persistance des accidents de la circulation : à qui la faute ? Quelle solution ? »
Au cœur des échanges : la stratégie nationale 2021-2025 de sécurité routière, adoptée par la Côte d’Ivoire en juillet 2021. Le ministre des Transports, Amadou Koné en a dressé un bilan d’étape, encourageant sur certains points, préoccupant sur d’autres.
Mobilisation
Dans son mot introductif, Amadou Koné a rappelé l’urgence de la situation et les réponses apportées par l’État :
« Nous faisons face à une véritable catastrophe sur le continent. Mais grâce aux efforts et à la politique avant-gardiste du président Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire a obtenu des résultats satisfaisants. Concernant la sécurité routière, nous avons atteint les objectifs fixés, malheureusement menacés au dernier trimestre de 2024. Je salue l’initiative du commissaire général du FEMUA, Salif TRAORÉ, pour avoir intégré cette problématique dans le festival. Ce cadre nous permet d’intensifier la sensibilisation, notamment auprès des jeunes, pour inverser la tendance et atteindre une baisse de 25 % des accidents en 2025, puis 50 % en 2030, et revenir au niveau de 2013, avec 814 tués. »
La stratégie nationale repose sur sept axes : gouvernance, sensibilisation, contrôle, infrastructures, sécurité des véhicules, formation des usagers et prise en charge post-accident. Les résultats enregistrés entre 2021 et 2023 sont notables :
- Accidents : de 10 054 à 8 089, soit une baisse de 24 %
- Tués : de 833 à 765, soit -9 %
- Blessés : de 13 075 à 12 897, soit -1 %
Cependant, le dernier trimestre de 2024 a vu une inversion de la tendance : +14 % de tués et +17 % de blessés.
« En Afrique et en Côte d’Ivoire, les accidents de la route sont la première cause de décès des 5 à 29 ans. Ce 15 avril 2025, sur les 2 500 enfants qui naîtront en Côte d’Ivoire, la majorité de ceux qui ne vivront pas jusqu’à 30 ans mourront d’un accident de la route. »
Le ministre a également souligné qu’en 2012, le pays enregistrait 864 tués, contre près de 1 600 en 2021 : un doublement. Sans action, ce chiffre aurait pu atteindre 3 000 d’ici 2030.
Des chiffres préoccupants pour la jeunesse
Les jeunes de 5 à 29 ans sont les plus touchés. Les usagers de deux et trois roues représentent 70 % des victimes et plus de 60 % des tués. Les poids lourds et les transports collectifs sont à l’origine de 13 % et 21 % des décès.
« Ce ne sont pas des projections pour faire peur, c’est la réalité. Il faut une prise de conscience collective et une coordination entre tous les ministères concernés : Transports, Défense, Intérieur, Santé, Éducation… »
L’éducation au civisme routier doit commencer dès le bas âge, a insisté le ministre. Il a rappelé qu’une matrice d’actions permet de suivre l’évolution de la stratégie, afin d’ajuster les efforts au besoin.
Le ministre secrétaire général du gouvernement guinéen, M. Tamba Benoît KAMANO, a salué l’organisation du panel et l’opportunité offerte à la Guinée de partager son expérience.
« La Guinée n’est pas différente de la Côte d’Ivoire. Entre 2019 et 2023, les accidents ont causé 3 500 morts et 5 000 blessés. Et la situation tend à s’aggraver avec la prolifération des engins à deux roues. »
Selon lui, trois défis majeurs doivent être relevés à savoir la création d’une agence nationale de sécurité routière, le renouvellement du parc automobile vétuste et la réforme du code de la route et du système de permis de conduire. Il a aussi dénoncé la jeunesse de certains conducteurs de poids lourds, souvent âgés de moins de 25 ans.
Les conclusions du panel sont limpides : aucune stratégie, aussi pertinente soit-elle, ne peut réussir sans l’engagement collectif. Chacun a un rôle à jouer : État, collectivités, société civile, partenaires techniques et financiers, entreprises, et surtout la jeunesse.
Le FEMUA, à travers cet espace de dialogue qu’est le Carrefour Jeunesse, s’affirme ainsi comme bien plus qu’un événement culturel : un levier de transformation sociale.
ARS et Sercom Ministère des Transports