1926 – 2026. Faites le calcul, ce n’est pas un jeu d’enfant ! Le samedi 07 mars 2026, le village d’Ando, dans la sous-préfecture d’Ando-Kékrénou (département de Béoumi), a vibré au rythme d’un événement qui n’arrive pas tous les jours. Celui du centenaire de Mémé Oussou Madeleine. Entre hommages poignants, pas de danse ancestraux et ferveur religieuse, la famille Kouassi Hongo a mis les petits plats dans les grands pour célébrer celle qui incarne désormais la mémoire vivante d’Ando, chef-lieu de sous-préfecture.
À Ando, ce 07 mars, l’air avait un parfum de bénédiction. Souffler cent (100) bougies, ce n’est pas donné à n’importe qui; c’est une onction spéciale, un ‘‘cadeau du ciel’’, comme on dit chez nous. Pour les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants de la grande lignée Kouassi Hongo, cette journée était avant tout un acte de reconnaissance infinie envers le Seigneur Jésus-Christ pour cette longévité exceptionnelle accordée à leur mère, grand-mère et arrière-grand-mère.
‘‘C’est Dieu seul qui donne cette force’’, murmurait-on dans l’assistance. Voir une maman traverser les époques, de la colonisation aux défis du monde moderne, tout en restant le pilier inébranlable de la famille, relève de l’anthologie de courage. Pour l’occasion, les parents sont venus de toutes les contrées pour faire bloc autour de la matriarche, dans une solidarité et une confraternité qui font chaud au cœur.
Le show magistral de la Reine du jour
Le moment crucial, celui qui a fait monter l’adrénaline dans une salle archi-comble où l’on ne pouvait plus “mettre aiguille par terre”, fut sans conteste la coupure du gâteau. C’est là que Mémé Madeleine a laissé tout le monde ‘‘dabaraban’’ (Ndlr ; nouchi qui signifie étonné).
Alors qu’on s’attendait à ce qu’on l’aide à se mouvoir, la centenaire, du haut de son mètre soixante-cinq, a défié les lois du temps. Rayonnante dans son pagne wax aux éclats de jaune, d’orange et de vert, elle arborait une broderie blanche immaculée sur la poitrine. Fine fleur de la tradition, elle portait avec élégance, un collier de perles orange et un foulard savamment noué qui laissait entrevoir sa coiffure, signe d’une coquetterie restée intacte malgré le poids des ans.

La Mémé Oussou Madeleine en pleine mouvance sur la note du duo Noguès et Léa
Sans aucun appui, elle s’est levée de son siège de manière impériale. Son ‘‘nandoua’’ (Ndlr; chasse-mouche en baoulé) fermement tenu dans la main droite, elle a entamé une marche majestueuse. Sous les notes entraînantes de Noguès et Léa, ce duo d’artistes du terroir dont la musique résonnait dans chaque cœur, Mémé a esquissé des pas de danse cadencés, retrouvant la souplesse de sa tendre jeunesse. La foule, transportée par cette vitalité, lui a offert une standing-ovation mémorable. L’émotion était à l’envie devant un tel spectacle de vie.
Des hommages de bon aloi et un banquet mémorable
La célébration ne s’est pas arrêtée à la fête visuelle. Elle fut également marquée par une série de témoignages profonds et, surtout, par un banquet mémorable qui a réjoui les convives. Ces derniers ont pu savourer une impressionnante variété de mets délicieux, tous concoctés avec maestria par Gnakan Affoué, la grande lauréate du concours culinaire 2018, organisé par la direction régionale du ministère du tourisme du Gbêkê. Des arômes du peuple Kôdèh qui ont embaumé toute la cour. Toute chose qui prouve à souhait que chez les Kouassi Hongo, l’art de recevoir est une tradition qui se cultive avec le cœur.
Le moment des allocutions a atteint son paroxysme lorsque l’honneur est échu à Kouassi N’guessan, dit Djouder, de prendre la parole au nom de toute la famille. Dans un discours empreint de solennité et d’émotion, il a su trouver les mots justes pour saluer la sagesse de celle qu’ils considèrent tous comme leur boussole. Chaque phrase de Djouder a souligné le rôle de pacificatrice et de gardienne des valeurs d’Ando que joue Mémé Madeleine. Dans un monde qui court à toute allure, elle demeure ce repère fixe, celle qui sait apaiser les tensions par une simple parole ou un regard bienveillant.
À 100 ans, Oussou Madeleine n’a pas seulement fêté un âge, elle a célébré la vie dans ce qu’elle a de plus noble. Et à voir son sourire alors qu’elle agitait son ‘‘nandoua’’ pour saluer l’assistance et le duo d’artistes, on se dit que ce deuxième siècle ne pouvait pas mieux commencer. La fête s’est poursuivie avec faste, laissant à chacun le sentiment d’avoir partagé un moment d’histoire pure, porté par la voix d’un fils rendant hommage à sa génitrice.
Bosco de Paré