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Financement des fonds climatiques et Genre- Voici les engagements pris par le ministère des Transports en faveur de la population
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3 heuresle
Par
Redaction
Pendant deux jours, à Abidjan, une quarantaine d’acteurs publics, privés et associatifs ont appris à monter des projets capables de convaincre le Fonds vert pour le climat. Une leçon est revenue à chaque séance : un projet qui ignore les femmes n’est plus finançable.
Sur le papier, la station était ouverte à tous. Une mairie rurale achète des motos et des tricycles électriques, installe une borne de recharge à l’entrée du marché et confie l’exploitation à un opérateur local. Quelques mois plus tard, les hommes s’en servent, les femmes beaucoup moins. Elles évoquent des horaires qui ne collent pas à leurs journées, un éclairage insuffisant, des difficultés pour payer, et surtout le fait que personne ne leur a demandé leur avis sur les tarifs ni sur les règles.
Ce cas d’école a servi de fil rouge à l’atelier de renforcement de capacité sur le financement climatique tenant compte du genre, organisé les 3 et 4 novembre 2026 à Abidjan par l’Unité de gestion du Projet FEM N°11042, logée au ministère des Transports et des Affaires maritimes. Il résume à lui seul ce que les bailleurs reprochent à beaucoup de dossiers : un projet pensé pour tout le monde finit souvent par servir quelques-uns.
L’enjeu est loin d’être théorique. Le Fonds vert pour le climat (FVC) n’a encore financé aucun projet de transport en Côte d’Ivoire, et le guichet secteur privé du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) reste sous-exploité. « Ce sont les dossiers qui manquent », a résumé dès l’ouverture Georges Bohoussou, coordonnateur principal du projet.
Engagements
Venu ouvrir les travaux au nom du ministre Amadou Koné, le directeur de cabinet, Dioman Coné, n’a pas éludé le retard de l’État. Plus de 1 000 véhicules électriques circulent déjà dans le pays, une cinquantaine de bornes sont installées, et des entreprises ivoiriennes proposent stations solaires, garages spécialisés et crédit-bail. Pendant ce temps, la puissance fiscale des véhicules reste calculée selon un arrêté de 1964 qui ne fait aucune différence entre un moteur électrique et un moteur thermique.
Le directeur de cabinet a donc pris six engagements. Le ministère conduira avec les Finances la révision de cet arrêté. Il accélérera les textes d’application du décret de mai 2024 sur l’électromobilité, en commençant par l’immatriculation des deux et trois-roues électriques et les incitations fiscales. Le futur mécanisme national de financement comprendra une garantie partageant le risque avec les banques et la microfinance, ainsi qu’une fenêtre réservée aux femmes, aux coopératives et aux jeunes. Les notes conceptuelles issues de l’atelier seront accompagnées vers les bailleurs, le dialogue public-privé lancé le 30 juillet deviendra un rendez-vous annuel, et les décaissements comme le dédouanement des équipements des pilotes de démonstration devront être fluidifiés.
« En 1964, le législateur ivoirien réservait quelques lignes aux véhicules électriques. En 2026, c’est un chapitre entier que nous écrivons ensemble », a-t-il lancé, avant de rappeler l’objectif officiel : 10 % de véhicules électriques dans le parc en 2030.
L’Afrique, parent pauvre
Le premier module, confié à Ghislain Tablé Klah Guiro, de la direction chargée de la mobilisation des financements climatiques au ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, a commencé par un constat qui fâche. L’Asie capte plus de la moitié des flux mondiaux. L’Afrique subsaharienne, la région la plus vulnérable de la planète, en reçoit moins de 5 %.
Pourquoi si peu de projets ivoiriens ? Le formateur a pointé la maturité et la bancabilité des dossiers. Une participante a contesté : selon elle, ce qui manque surtout, c’est l’information et la formation, face à des critères pourtant connus d’avance. Elle a aussi parlé de la langue, les formulaires du FVC étant en anglais, et d’une certaine « humilité à la française » qui dessert les porteurs francophones face à des concurrents anglophones plus prompts à se vendre. Le formateur a reconnu le problème et indiqué avoir lui-même traduit le canevas en français.
Pour le reste, la règle est claire. Ni une entreprise ni un particulier ne peuvent frapper directement à la porte du FVC. Il faut passer par l’Autorité nationale désignée, au ministère de l’Environnement, qui vérifie qu’il s’agit bien d’un projet climat, puis par une entité accréditée, qui porte le dossier devant le Fonds. Six critères d’investissement servent ensuite de grille de lecture. Le plus décisif est le « changement de paradigme ». Un projet intitulé « Amélioration des conditions de vie des populations par la vente de banane plantain » ne dit rien du changement qu’il apporte, a illustré Ghislain Guiro. Les coûts sont, eux aussi, passés au crible : une formation de trois jours pour 50 personnes chiffrée à 50 millions de francs CFA ne passerait pas.
Ne plus écrire « 20 % de femmes » pour faire joli
L’après-midi du premier jour et une bonne partie du second ont été consacrés au genre, avec Gnoungo Mariam Koné, ingénieure, fondatrice et directrice générale d’ONYVA Africa, une entreprise ivoirienne qui exploite des infrastructures de recharge. Le ton a été donné d’emblée. Intégrer le genre, a-t-elle insisté, ce n’est pas écrire qu’un projet compte 20 % de femmes. C’est en tenir compte dès la conception.
Le maître de cérémonie avait planté le décor avec un chiffre de la BCEAO : dans l’espace UEMOA, les femmes ne reçoivent que 18,2 % du volume des crédits accordés aux particuliers. Les participants ont ensuite manié, post-it en main, les outils qu’attendent les bailleurs. Le cadre de Harvard pour savoir qui fait quoi, avec quoi, et qui décide. Celui de Caroline Moser pour distinguer les besoins pratiques, comme adapter les horaires de la station, des besoins stratégiques, comme donner aux femmes un siège au comité de gestion. Puis une grille pour vérifier ce qui change réellement dans la vie des bénéficiaires.
La formatrice n’a laissé passer aucune formule vague. « Éducation et sensibilisation » ? Trop flou. Il faut un verbe d’action, un résultat mesurable, un responsable et une date. Former les femmes au paiement par mobile money devient ainsi : faire en sorte que 70 % d’entre elles utilisent la recharge sans assistance. Elle a aussi mis en garde contre un contresens fréquent. L’approche genre ne consiste pas à « tout donner aux femmes » : une table de décision composée uniquement de femmes pose autant problème qu’une table composée uniquement d’hommes.
Reste la question des données, maillon faible des dossiers ivoiriens. Plusieurs participants ont décrit des études rares, des informations qui partent avec ceux qui les détiennent et une administration lente à ouvrir ses fichiers. La réponse de Mariam Kone tient en une phrase : « L’absence de données coûte plus cher que leur collecte. » Un registre manuel, puis un fichier Excel, valent mieux que rien.
Les notes conceptuelles attendront
Le programme prévoyait que les participants repartent avec leurs propres notes conceptuelles. Le temps a manqué. Ils ont en revanche parcouru, rubrique par rubrique, le canevas officiel du FVC, de la page de garde à l’instrument financier demandé, en passant par le calcul des émissions évitées. Le coordonnateur Georges Bohoussou l’a reconnu sans détour dans son discours de clôture, prononcé au nom du ministre. « Les bailleurs ne financent pas des intentions, ils financent des projets construits », a-t-il ajouté, en assurant que l’Unité de gestion du projet reste ouverte à toute personne, institution ou coopérative qui voudrait élaborer sa note. Un dispositif d’accompagnement, monté avec la Commission nationale du FEM, le point focal du FVC et le ministère chargé des Finances, doit être présenté au ministre dans les prochaines semaines.
La salle, elle, a tenu ses promesses sur un point. Le premier jour, l’atelier a réuni 42 participants, dont 47 % de femmes et 20 % de jeunes de moins de 35 ans. Le second, ils étaient 36, dont 18 femmes et 11 jeunes. Le projet s’est fixé une cible d’au moins 30 % de femmes. « Dans un atelier consacré au genre, la parité n’était pas seulement un sujet : elle était dans la salle », s’est réjoui le coordonnateur.
Cet atelier referme le cycle des trois rencontres prévues en 2026, après la formation de juin et le dialogue public-privé de juillet. Place maintenant aux démonstrations sur le terrain, conduites avec l’opérateur technique Groupe A3E. À cinq jours de l’ouverture de la COP31 à Antalya, Georges Bohoussou a préféré conclure sur un pari. Le Fonds vert n’a jamais financé de projet de transport en Côte d’Ivoire. « Le premier peut sortir de cette salle. »
EN CHIFFRES
- 42 participants le premier jour, dont 47 % de femmes et 20 % de jeunes de moins de 35 ans
- 36 participants le second jour, dont 18 femmes (50 %) et 11 jeunes (près de 31 %)
- Moins de 5 % des flux mondiaux de finance climat vont à l’Afrique subsaharienne
- 18,2 % : part des femmes dans le volume des crédits aux particuliers dans l’UEMOA (BCEAO)
- 0 projet de transport ivoirien financé à ce jour par le Fonds vert pour le climat
- 2,27 millions de dollars : coût global du Projet FEM N°11042, dont 1,6 million de don du FEM
Adams Régis SOUAGA et Sercom FEM 11042
NDLR Le titre est de la rédaction
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