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Mobilité durable- D’Abidjan 1300 participants engagent la mobilité durable comme facteur de développement des villes

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Après trois jours de travaux, plus de 1 300 participants venus de 40 pays, la 2e Conférence internationale de la mobilité durable et du climat a refermé ses portes ce mercredi 21 octobre 2026, à Abidjan. Elle laisse une Déclaration d’Abidjan, une feuille de route et une question à laquelle chacun devra désormais répondre : comment transformer les engagements en actions concrètes et durables ?

La salle des fêtes du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire affichait complet, ce mercredi soir, pour la cérémonie de clôture. Elle était présidée par le ministre des Transports et des Affaires maritimes, Amadou Koné, représenté par son directeur de cabinet, Dioman Coné. Deux jours plus tôt, le Premier ministre Robert Beugré Mambé avait ouvert les travaux, entouré de six membres du gouvernement. Entre ces deux moments, il y a eu le forum d’affaires de l’Union européenne, la conférence scientifique et une série d’ateliers et de panels.

Les réflexions ont été nombreuses et les idées riches, mais l’essentiel reste de traduire les engagements en actes.

Un bilan chiffré, quatre axes

Le directeur général de l’Autorité de la mobilité urbaine dans le Grand Abidjan (AMUGA), Romain Kouakou, a ouvert la séquence. La conférence a réuni quelque 1 300 participants : plus de 800 Ivoiriens et environ 400 délégués venus de 40 pays. Pour lui, c’est le signe d’une « communauté d’acteurs engagés » autour d’une conviction partagée : la mobilité durable est une condition essentielle du développement des villes.

Il a rappelé les quatre axes des travaux : l’articulation entre urbanisme et mobilité, pour rapprocher logements, emplois et services ; la gouvernance et le financement ; le climat, de la réduction des émissions à l’adaptation ; l’innovation sociale et l’inclusion.

Pour la suite, il a fixé quelques priorités : une planification intégrée, une gouvernance plus ouverte aux collectivités et des montages financiers adaptés. Il a aussi insisté sur le développement des compétences locales, notamment chez les jeunes, et sur un suivi par des indicateurs clairs, pour mesurer les progrès et entretenir l’engagement politique.

Les femmes, enfin au volant

Après un film retraçant les temps forts des journées précédentes, Astrid Dessi Foulon a pris la parole. Avocate de formation, elle est directrice juridique et des relations publiques du groupe suédois Scania en Afrique de l’Ouest. Elle a choisi de raconter son parcours plutôt que de lire un discours.

Elle a expliqué que les déplacements des femmes sont plus complexes que ceux des hommes : trajets vers le travail, accompagnement des enfants et des parents âgés, courses. À cela s’ajoutent le coût du transport et l’insécurité, harcèlement compris, qui pousse beaucoup d’entre elles à modifier leurs itinéraires. Les chiffres qu’elle a cités sont parlants. Un programme de formation de Scania a touché plus de 4 000 jeunes, dont seulement 87 femmes. Un master spécialisé du pays compte 140 diplômés, dont 40 femmes.

D’où l’annonce du programme Femmes MOB, un incubateur dédié à l’entrepreneuriat féminin dans le secteur de la mobilité. Le programme durera un an et reposera sur le mentorat, la découverte des métiers et la formation à la gestion d’entreprise. La première cohorte démarrera en 2027 avec quatre femmes, deux à Abidjan et deux à Dakar. Elle portera le nom de « promotion Astou Cissé », en hommage à la première femme à la tête d’une entreprise de transport du personnel. « La mobilité ne se fera pas sans les femmes », a-t-elle martelé, en appelant hommes et femmes à soutenir le projet.

« Bon Chauffeur », grand lauréat de l’AIMD

La soirée a aussi récompensé l’innovation. Marie-Hélène Chapel, membre du bureau de la CODATU, et Jean Boustani, vice-président du Club Abidjan Ville Durable, ont présenté l’Appel à initiatives mobilité durable (AIMD). Il est organisé avec l’AMUGA et d’autres partenaires, dont l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny. Son principe : que la modernité des grands projets ne fasse pas oublier ce qui existe déjà, à commencer par le transport artisanal.

L’appel reposait sur trois volets : l’électromobilité, le numérique et le social, avec la professionnalisation et la modernisation du transport artisanal. En six mois, 63 dossiers ont été déposés. Douze ont été jugés pertinents, puis six lauréats ont été retenus après les pitchs. Ils ont reçu des prix allant de 500 000 à 2 millions de FCFA. Le grand lauréat est Jean-Marc André, pour « Bon Chauffeur », une application pédagogique qui encourage l’écomobilité. L’initiative sera reconduite tous les deux ans.

Durovray : « La mobilité, c’est faire société »

Président de la CODATU, ancien ministre français des Transports et président du conseil départemental de l’Essonne, François Durovray a tiré les leçons de l’événement, de Dakar à Abidjan. Gouvernance, budgets, ingénierie : les débats ont été techniques, mais pour lui le fond est politique. « Faire de la mobilité, c’est permettre à nos concitoyens de s’éduquer, de travailler, de se soigner. En un mot, de faire société. »

Il a reconnu que les élus doivent d’abord répondre aux urgences. C’est pour cela que la CODATU s’intéresse de près au transport artisanal. Mais il a mis en garde contre l’improvisation : sans planification ni vision de la ville, aucun système de mobilité ne tient. Il a cité l’exemple de la grande couronne parisienne, où l’on a laissé les habitants s’installer sans plan d’ensemble, au prix de « beaucoup de difficultés ». Il a salué la naissance d’une « culture commune » entre acteurs publics et privés, puis lancé un appel aux candidatures pour accueillir la 3e édition. Sa conclusion : « Désormais, au travail. »

La Déclaration d’Abidjan, nouvelle feuille de route

Après un intermède du groupe Yakomin, place au moment le plus attendu. La Déclaration d’Abidjan fait douze pages et a été adoptée par les trois co-organisateurs : CODATU, AMUGA et Climate Chance. Le délégué général de la CODATU, Jean-Jacques Helluin, en a présenté la synthèse. Il a plaisanté sur sa valise restée bloquée à Istanbul, qui l’obligeait à porter une tenue « un peu plus locale ».

Le texte part d’un diagnostic : une urbanisation accélérée, un changement climatique qui frappe durement les villes africaines et une décennie 2020-2030 décisive, véritable « croisée des chemins ». Il pose ensuite des principes : l’accès pour toutes et tous ; l’organisation publique de la mobilité ; la reconnaissance de l’existant, notamment du transport artisanal ; la sobriété ; la justice climatique.

Viennent ensuite les engagements. Le premier est de renforcer la gouvernance et les autorités organisatrices de la mobilité. Suivent le développement de transports collectifs de qualité, intégrés au transport artisanal, et la priorité donnée aux modes actifs, la marche en tête. Les signataires s’engagent aussi à décarboner « de manière réaliste et équitable », à renforcer la résilience face aux catastrophes et, c’est une première, à préserver la biodiversité dans les infrastructures. Ils veulent mobiliser les financements, soutenir l’innovation, l’emploi et l’inclusion des publics vulnérables, et intensifier la coopération Sud-Sud et décentralisée. Le texte réclame aussi que la mobilité urbaine soit reconnue comme secteur prioritaire dans les contributions nationales prévues par l’Accord de Paris.

D’autres voix ont réagi à la déclaration :

Fatim Chigate Tuo, au nom des étudiants en transport et urbanisme, a retenu l’arrivée des femmes dans un métier réputé masculin et la place faite aux jeunes.

Gilles Vermot Desroches, de Schneider Electric, a jugé que l’Afrique avait « une longueur d’avance » dans une économie de la sobriété, du réemploi et du partage. Il a regretté qu’on ait si peu parlé du vélo et des compétences. Il a fait une annonce : dès le 1er janvier, le groupe proposera aux Ivoiriens ses infrastructures de recharge pour véhicules électriques.

Delali Adedje, de la coopérative Yokoum, au Togo, qui accompagne plus de 350 productrices de karité, a rappelé que la justice climatique concerne aussi le monde rural.

Dans la foulée, la CODATU a signé une convention avec la jeune Association africaine des autorités organisatrices de la mobilité, dont Romain Kouakou est premier vice-président. L’association représente déjà près d’une centaine de millions d’habitants. « Je dis toujours aux mariés de regarder les photographes », a lancé François Durovray, amusé, au moment de la signature.

Le sénateur Ronan Dantec, président de Climate Chance, a présenté la feuille de route : diffuser largement la déclaration ; mutualiser les initiatives, comme un futur salon africain du transport artisanal ; porter les recommandations dans les grands rendez-vous internationaux ; renforcer les capacités des autorités de mobilité.

Il a rappelé le sommet Climate Chance de 2018 à Abidjan. La première étude de mobilité du Grand Abidjan y avait été lancée, ouvrant la voie au plan actuel. « En huit ans, on mesure l’efficacité d’un moment collectif », a-t-il souligné. La déclaration a ensuite été remise symboliquement au directeur de cabinet.

« Des recommandations aux décisions, des décisions aux réalisations »

Dans le discours de clôture du ministre Amadou Koné, lu par Dioman Coné, le gouvernement a retenu trois enseignements : penser la mobilité en lien étroit avec l’aménagement urbain ; accélérer les transports collectifs intégrés et accessibles ; mobiliser les financements climatiques et concessionnels sans compromettre la soutenabilité des finances publiques.

Ces orientations rejoignent les chantiers ivoiriens : métro d’Abidjan, BRT, transport lagunaire. Les recommandations seront consolidées et soumises au gouvernement. « La mobilité durable n’est pas seulement un défi environnemental, a conclu le directeur de cabinet. Elle est un levier de croissance, de compétitivité et de progrès social. »

Les participants visiteront ce jeudi 22 octobre les chantiers du métro et du BRT, ainsi que des sites touristiques. Le rendez-vous est pris pour la 3e édition, dont le lieu reste à désigner.

                                   Adams Régis SOUAGA ET Sercom Ministère des Transports et des Affaires Maritimes

                                     NDLR Le titre est de la rédaction

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