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Côte d'Ivoire

Actions humanitaires/ Gollys Pascaline, Directrice exécutive de ‘‘Un Prend Un’’ : ‘‘Celui qui est aidé peut, demain, aider quelqu’un d’autre’’

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Directrice exécutive de l’Ong ‘‘Un Prend Un’’, Gollys Pascaline épouse Aka œuvre dans le social à travers trois axes majeurs : l’éducation de qualité, la santé et l’autonomie durable. Sa structure vient de remettre les clés de l’Epp Ando 1 réhabilitée, dans la Sous-préfecture d’Ando-Kékrénou. Dans cet entretien, elle revient sur la genèse de l’Ong, ses actions déjà menées sur le terrain et ses ambitions pour les décennies à venir, portée par sa devise ‘‘Ensemble pour un meilleur demain’’ et son slogan ‘‘Solidarité, partage, développement’’.

Réalisé par Bosco de Paré

Mme Gollys Pascaline, vous êtes la Directrice exécutive de l’Ong ‘‘Un Prend Un’’. Pour commencer, voudriez-vous nous présenter l’Ong, son origine et l’idée qui a présidé à sa création ?

‘‘Un Prend Un’’ est à l’origine un concept religieux qui fait la promotion de l’entraide et du service. En 2018, alors qu’il était président de l’Inter région d’Afrique de l’ouest, Terence Vinson a lancé ce concept selon lequel chaque membre était invité à tendre la main à une personne et à l’aider à se préparer à recevoir les ordonnances de l’Évangile. À cette époque, nous avions pris l’habitude de nous interpeller avec une formule toute simple : « Qui prendra qui pour l’emmener au culte ? », « Qui prendra qui pour l’emmener au baptême ? », et ainsi de suite. Derrière cette expression, qui pouvait paraître anodine, se trouvait en réalité une véritable invitation à ne pas rester indifférent aux besoins de l’autre, mais à prendre sa part dans son accompagnement. J’ai beaucoup aimé ce concept, parce que j’y ai vu quelque chose qui dépassait le seul cadre de l’aide spirituelle. Je me suis dit que si nous étions capables de nous aider mutuellement à progresser dans notre vie spirituelle, nous pouvions également nous soutenir dans bien d’autres domaines de la vie. C’est ainsi que j’ai progressivement associé cette idée à celle de l’autonomie et de la responsabilité personnelle.

Car, pour moi, on ne peut véritablement aider quelqu’un si l’on n’a soi-même aucune force, aucune capacité ou aucun moyen d’agir. Il faut d’abord se construire, acquérir des compétences et développer une certaine autonomie pour pouvoir, à son tour, être en mesure de tendre la main aux autres. C’est dans cet esprit que, lorsque mes amis et moi réfléchissions à la création d’une Ong, nous avons naturellement pensé à ce concept. Nous avons donc choisi de reprendre l’appellation ‘‘Un Prend Un’’, en lui donnant une dimension plus large : celle d’une chaîne d’entraide, de solidarité, d’autonomisation et de service à la communauté. Voilà donc l’histoire de ‘‘Un Prend Un’’ : une idée née dans un contexte religieux, mais qui, pour nous, porte aujourd’hui une vision beaucoup plus large de la solidarité. Celui qui est aidé peut, demain, être suffisamment fort pour aider quelqu’un d’autre. Et c’est cette dynamique que nous voulons encourager à travers notre Ong.

Pourquoi avoir choisi l’appellation ‘‘Un Prend Un’’ ? Que renferme cette dénomination et quelle philosophie souhaitez-vous véhiculer à travers ce nom ?

L’appellation ‘‘Un Prend Un’’ traduit avant tout une philosophie qui nous est chère : celle de l’entraide et de la solidarité. L’idée est simple : inviter chacun à tendre la main à quelqu’un d’autre, à lui apporter son soutien, selon ses possibilités et ses moyens. Ce qui nous plaît particulièrement dans ce concept, c’est qu’il ne s’arrête pas à une relation entre deux personnes. Il crée une véritable chaîne de solidarité. A aide B ; B, à son tour, aide C ; C peut ensuite aider D, et ainsi de suite. De cette manière, un geste qui peut paraître simple au départ est susceptible de produire des effets bien plus importants lorsqu’il est reproduit par plusieurs personnes. C’est cette dynamique que nous voulons encourager à travers ‘‘Un Prend Un’’ : faire comprendre que chacun peut être utile à quelqu’un d’autre. Il ne s’agit pas nécessairement de disposer de grands moyens pour aider. Un conseil, une compétence, une formation, un accompagnement ou un geste de solidarité peuvent parfois changer beaucoup de choses dans la vie d’une personne. Notre ambition est donc de créer une culture de l’entraide, où celui qui bénéficie d’un soutien ne reste pas simplement bénéficiaire, mais peut, à son tour, devenir acteur de cette chaîne. C’est là tout le sens de « Un Prend Un » : recevoir, grandir, puis transmettre.

Quelles sont les principales missions que s’est assignées l’Ong ‘‘Un Prend Un’’ et quels sont les domaines dans lesquels elle entend particulièrement intervenir ?

‘‘Un Prend Un’’ s’est donné pour mission d’apporter sa contribution à l’amélioration des conditions de vie des populations, en mettant l’accent sur trois domaines qui nous paraissent essentiels : l’éducation, la santé et l’autonomisation. Dans le domaine de l’éducation, nous entendons contribuer à offrir aux enfants et aux jeunes de meilleures conditions d’apprentissage. La réhabilitation de l’Epp Ando 1 s’inscrit notamment dans cette vision. Nous voulons, autant que possible, accompagner les initiatives qui permettent aux enfants d’étudier dans un environnement plus digne et plus favorable à leur réussite. En matière de santé, notre ambition est également de contribuer au bien-être des populations, en portant une attention particulière aux besoins des communautés qui rencontrent des difficultés d’accès aux soins et aux services essentiels. Enfin, l’autonomisation constitue un axe majeur de notre action. Nous voulons notamment encourager les femmes et les jeunes à développer des activités génératrices de revenus, à acquérir des compétences et à devenir davantage acteurs de leur propre avenir. Pour nous, aider une personne, ce n’est pas seulement répondre à un besoin immédiat ; c’est aussi, lorsque cela est possible, lui donner les moyens de construire durablement son autonomie. À travers ces trois axes, ‘‘Un Prend Un’’ entend donc être une Ong de proximité, tournée vers des actions concrètes et utiles, au service des communautés.

Justement, l’Ong ‘‘Un Prend Un’’ a procédé à la remise des clés de l’EPP Ando 1, dans la sous-préfecture d’Ando-Kékrénou, après sa réhabilitation. Au moment de remettre officiellement les clés au représentant de l’Inspecteur de l’enseignement primaire, qu’est-ce qui vous traversait l’esprit ?

Ce fut un moment particulièrement solennel et, surtout, très émouvant pour nous. Au moment de remettre officiellement les clés de l’Epp Ando 1, nous avons pris toute la mesure de ce que cette réhabilitation représentait pour l’ensemble de la communauté éducative. Voir le Directeur de l’école, qui, à un moment donné, ne croyait plus vraiment à la possibilité de voir son école retrouver un nouveau visage, accueillir ces clés avec un large sourire, a été pour nous un moment très fort. Son émotion, tout comme la joie et la gratitude exprimées par les enseignants, nous a profondément touchés. À cet instant précis, nous nous sommes dit que tous les efforts consentis avaient véritablement un sens. Au-delà des travaux de réhabilitation, ce que nous venions de remettre, c’était aussi un cadre plus digne pour les enfants qui fréquentent cette école et un environnement de travail plus agréable pour les enseignants. Cette cérémonie nous a surtout rappelé pourquoi ‘‘Un Prend Un’’ existe. Elle existe pour être utile, apporter des réponses concrètes aux besoins des communautés et contribuer, à notre niveau, à améliorer le quotidien des populations. Voir la joie sur les visages des enseignants et du Directeur nous a procuré une immense satisfaction et nous encourage à poursuivre dans cette voie.

Remise symbolique des clés au Directeur de l’école, sous la supervision du représentant de l’Inspecteur de l’éducation nationale

Depuis la création de l’Ong, quelles sont les principales actions sociales que vous avez déjà réalisées ? Peut-on avoir une idée de ce qui a été fait sur le terrain et de l’impact de ces actions auprès des populations bénéficiaires ?

Depuis la création de l’Ong ‘‘Un Prend Un’’, nous avons déjà mené plusieurs actions en faveur des communautés, avec une attention particulière accordée à l’autonomisation des femmes. Nous avons notamment accompagné des femmes constituées en groupes dans la mise en place et le développement de petites activités génératrices de revenus. À travers cet accompagnement, notre objectif est de leur permettre de développer une activité qui puisse contribuer à améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs familles. Nous avons également organisé des ateliers de formation au profit de certaines de nos sœurs, notamment dans le domaine de la fabrication de savons. Cette initiative répond à notre volonté de ne pas nous limiter à l’aide ponctuelle, mais de privilégier autant que possible la transmission de compétences. Nous estimons qu’une personne qui acquiert un savoir-faire dispose d’un outil qu’elle peut continuer à exploiter et à développer dans le temps. À travers ces différentes actions, nous cherchons donc à encourager l’autonomie, l’esprit d’initiative et l’entrepreneuriat au sein des communautés. L’impact que nous souhaitons est très concret : permettre aux bénéficiaires de disposer de moyens et de compétences qui leur donnent la possibilité de créer de la valeur, de générer des revenus et, à leur tour, de contribuer au bien-être de leur entourage. Ces premières expériences nous confortent dans notre conviction que l’accompagnement et la formation constituent des leviers importants pour le développement local. C’est dans cette dynamique que ‘‘Un Prend Un’’ entend poursuivre et renforcer ses actions au bénéfice des populations.

La sous-préfecture d’Ando-Kékrénou reste confrontée à de nombreux besoins. Quelle place l’Ong ‘‘Un Prend Un’’ entend-elle occuper dans le processus de développement et d’émergence de cette localité ?

Il est vrai que la sous-préfecture d’Ando-Kékrénou reste confrontée à de nombreux besoins et à des défis qui nécessitent l’implication de tous. Nous ne prétendons pas, à nous seuls, pouvoir résoudre l’ensemble des problèmes que nous avons eu l’occasion de constater sur le terrain. Mais nous pouvons vous assurer que ‘‘Un Prend Un’’ ne restera pas en marge de cette dynamique de développement. En tant qu’Ong, nous entendons occuper pleinement la place qui est la nôtre, en apportant notre contribution dans les domaines où notre action peut avoir un impact réel sur les populations. Nous voulons être à l’écoute des besoins des communautés, identifier les priorités et, dans la mesure de nos moyens, accompagner des initiatives susceptibles d’améliorer leurs conditions de vie. Notre ambition est également de travailler en complémentarité avec les autorités administratives et coutumières, les collectivités, les associations, les cadres et toutes les bonnes volontés qui œuvrent pour le développement d’Ando-Kékrénou. Car le développement d’une localité ne peut être l’affaire d’une seule structure. Il doit être le fruit d’un engagement collectif. ‘‘Un Prend Un’’ entend donc apporter sa pierre à l’édifice, avec les moyens qui sont les siens, mais surtout avec la volonté de faire des choses concrètes et utiles. Notre présence à Ando-Kékrénou se veut ainsi une présence de proximité, de solidarité et d’action, afin de contribuer, à notre niveau, à l’amélioration du quotidien des populations et à l’émergence de cette sous-préfecture.

Inspection de la Directrice exécutive, Pascaline Gollys sur le site de réhabilitation de Epp Ando 1

Mme la Directrice exécutive, quelles sont aujourd’hui vos ambitions pour l’Ong ‘‘Un Prend Un’’, à court, moyen et long terme ?

Dans le domaine de la santé á court terme nous prévoyons l’approvisionnement en matériel pour les maternités et centres de santé ruraux; organisation de campagnes de vaccination et distribution de kits d’hygiène, notamment pour la gestion de l’hygiène menstruelle des jeunes filles. Dans le domaine de l’éducation, nous envisageons la réhabilitation rapide des salles de classe dégradées, fourniture de mobilier scolaire (tables-bancs) et distribution de kits scolaires pour alléger les charges des familles à la rentrée. En ce qui concerne l’autonomisation, nous prévoyons le lancement de plusieurs formations à des métiers pratiques et distribution de kits de démarrage professionnels. À moyen terme, nous prévoyons la construction et la réhabilitation de forages d’eau potable pour éradiquer les maladies hydriques. Nous pensons à la modernisation des infrastructures éducatives, à la construction des écoles et au soutien à l’alphabétisation des adultes, en particulier des femmes qui n’ont pas eu accès à l’école. Nous avons pour projet de structurer des groupements agricoles et des coopératives de femmes, adossés à des formations en gestion financière et initiées aux techniques de conservation des cultures. L’objectif est de permettre aux bénéficiaires de générer leurs propres revenus durables.

Enfin, si vous deviez vous projeter dans les prochaines décennies, quelle Ong ‘‘Un Prend Un’’ souhaitez-vous voir demain ? Et quelle empreinte aimeriez-vous qu’elle laisse dans la société ivoirienne ?

Le ‘‘Un Prend Un’’ de demain, selon mes projections, est une Ong qui, à travers la pertinence et la constance de ses actions, aura réussi à dépasser les frontières ivoiriennes et à faire rayonner son modèle de solidarité au-delà de notre pays. Notre ambition est que, dans les prochaines décennies, aucune ville, aucune région de Côte d’Ivoire ne soit laissée en marge des bonnes actions de ‘‘Un Prend Un’’. Mais au-delà de notre présence sur le terrain, nous voulons surtout que l’Ong devienne une véritable source d’inspiration pour les communautés. Nous souhaitons contribuer à faire émerger des leaders locaux capables, à leur tour, de porter des initiatives, de prendre des responsabilités et de poursuivre les actions engagées. L’objectif n’est donc pas seulement d’agir pour les populations, mais aussi de leur donner les moyens de devenir elles-mêmes des acteurs du changement. Nous rêvons ainsi d’un ‘‘Un Prend Un’’ qui aura contribué à créer un cercle vertueux de solidarité, de transmission et d’entrepreneuriat, où chaque personne aidée peut, demain, devenir à son tour une personne qui aide. C’est cette chaîne de solidarité que nous souhaitons installer durablement dans la société ivoirienne et, pourquoi pas, au-delà de nos frontières. Si, dans quelques décennies, nous pouvons constater que des hommes et des femmes ont trouvé en ‘‘Un Prend Un’’ une source d’espoir, d’inspiration et de motivation pour bâtir leur propre avenir et contribuer à celui des autres, alors nous pourrons considérer que notre mission aura porté ses fruits. C’est cette empreinte humaine, sociale et durable que nous souhaitons laisser dans la société ivoirienne.

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