« Transmission améliorée » ou « Mériquité ». Guillaume Soro, Président de Gps, se démarque du socialisme de Karl Marx et du libéralisme de John Locke en posant les bases de la doctrine de son mouvement politique. Une doctrine fondée sur deux notions : la dette et le mérite.
Par Bosco de Paré
‘‘Libéralisme, Socialisme et Mériquité: Qui doit quoi à qui?’’, tel était le thème de la conférence publique animée par Guillaume Soro, Président de Générations et peuples solidaires (Gps), samedi 29 août 2026. Une rencontre au cours de laquelle l’ancien Premier ministre a présenté les grandes lignes de la doctrine politique de son mouvement, baptisée ‘‘mériquité’’. Pour Soro, cette doctrine repose sur deux notions : la dette et le mérite. Mais la dette dont il parle ne se limite pas à une obligation financière. « Notre dette, c’est ce que nous recevons des générations avant nous », a-t-il expliqué. Le mérite, lui, correspond à l’effort accompli. Dès lors, la dette reçue ne doit pas être transmise telle quelle aux générations suivantes. Elle doit être améliorée par l’effort de ceux qui en héritent. « La dette que nous recevons, nous devons la transmettre améliorée », a-t-il insisté. C’est cette articulation entre dette et mérite qui constitue, selon lui, le fondement de la mériquité.
Guillaume Soro entend ainsi démarquer Gps des deux grands courants de pensée que sont le libéralisme et le socialisme. Le libéralisme, reconnaît-il, a théorisé sur le mérite. Mais, à ses yeux, le mérite pris seul peut produire « l’arrogance ». Il reproche surtout à cette approche de ne pas suffisamment tenir compte des conditions de départ. Pour illustrer son propos, il évoque deux élèves, l’un vivant à Abobo et l’autre à Cocody. Le premier peut parcourir plusieurs kilomètres à pied, manquer de nourriture ou d’encadrement, tandis que le second bénéficie de cours à domicile et de meilleures conditions de travail. Dans ces conditions, comparer uniquement leurs résultats ne permet pas, selon lui, de mesurer justement le mérite. L’État doit garantir à chacun « le strict minimum pour performer ».
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Le socialisme, à l’inverse, reconnaît la dette sociale et la solidarité, mais tend, selon Soro, à accorder moins de place au mérite individuel. La mériquité veut donc tenir ensemble ces deux dimensions : la dette envers les générations précédentes et l’effort individuel pour améliorer ce qui a été reçu. En effet, Guillaume Soro résume cette philosophie par un principe : « Nul ne naît quitte ». Chaque génération reçoit un héritage et doit, à son tour, le transmettre « amélioré ». Cette exigence ne concerne pas uniquement les personnes. Elle s’applique également, selon lui, aux écoles, à la justice, à l’administration, aux forêts et au patrimoine commun. Il ne s’agit donc pas seulement de préserver ce qui existe, mais de le rendre meilleur.
Soro reconnaît que Gps n’a inventé ni la dette ni le mérite. Il cite Edmund Burke et Léon Bourgeois pour la notion de dette, et le libéralisme pour la théorisation du mérite. La nouveauté revendiquée réside dans leur association au sein d’une même doctrine. Le président de Gps refuse d’ailleurs de présenter la mériquité comme une simple « troisième voie » entre libéralisme et socialisme. Il parle plutôt d’une « autre voie », qu’il souhaite mettre sur la table politique ivoirienne pour qu’elle soit discutée, critiquée et confrontée. Pour lui, l’objectif est désormais que tout militant de Gps puisse répondre clairement à la question de la doctrine de son mouvement : « La doctrine de Gps, c’est la doctrine de la dette et du mérite ».