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Côte d'Ivoire

SOTRA : Le pacte secret entre le Dg Méité Bouaké et l’auditeur qui devait le faire tomber

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En 2018, il devait nettoyer la Sotra. Sept (07) ans plus tard, l’auditeur Soumahoro Falick Abou-Bakar est hissé au sommet de l’empire qu’il était censé épingler. Entre débauchage doré, champagne à flots et trahison déontologique, révélations sur un pacte qui fait couler le champagne à la langue que veux-tu.

Tout commence par une mission de routine, du moins sur le papier. Le cabinet international Deloitte, géant de l’audit et du conseil basé à Abidjan en Côte d’Ivoire, est mandaté pour passer au crible la gestion de la Société des transports abidjanais (Sotra). Pour mener cette offensive contre la mauvaise gestion et l’opacité financière, le cabinet Deloitte porte son choix sur Soumahoro Falick Abou-Bakar. À l’époque, l’homme inspire une confiance aveugle. Dans le milieu feutré de l’audit, on voit en lui le justicier capable de mettre fin aux dérives chroniques de la Maison Verte, logée entre les quartiers Treichville et Vridi.

Dès que Soumahoro Falick plonge dans les comptes, il tombe sur un véritable puits sans fond. La gestion du Directeur général, Méité Bouaké apparaît totalement hors de contrôle. Le patrimoine personnel du Dg dépasse l’entendement et dessine les contours d’un enrichissement illicite : immeubles de grand standing construits dans les quartiers chics d’Abidjan, et sur la façade maritime du pays, notamment un château à Aboisso et une résidence digne d’un magnat du pétrole à Assinie…

Le contraste est insupportable. Pendant que les usagers attendent désespérément, sous un soleil de plomb, des bus en fin de vie ou des bateaux-bus à la maintenance douteuse, le Dg mène un train de vie de monarque. L’étau se resserre. Dans les couloirs du cabinet Deloitte, le rapport s’annonce dévastateur. La chute semble inévitable pour le patron de la Sotra. C’est là qu’il joue son va-tout : Il ne cherche pas à nier les preuves, ni à justifier l’injustifiable. Il préfère ‘‘éteindre l’incendie en achetant le pompier’’.

Le deal est proposé sans détour : l’auditeur doit troquer sa casquette de contrôleur contre un fauteuil doré au sein même de la Sotra. On lui offre un poste sur mesure, avec des avantages en nature et des émoluments qu’aucun cabinet privé, aussi prestigieux soit-il, ne pourrait lui offrir. La trahison déontologique est immédiate. Sans sourciller, Soumahoro Falick abandonne sa mission et ses mandants. En 2018, il intègre officiellement la Sotra. Il est bombardé responsable qualité et audit. L’épée de Damoclès qui menaçait le Directeur général est rangée au placard. L’enquête est enterrée, le silence est acheté. Le deal est géré et scellé !

Mais l’histoire prend une tournure encore plus révoltante le 30 décembre 2025.

Le Directeur général, dont on connaît le tempérament revanchard, profite du licenciement brutal de Yaya Méité, ex-Directeur de l’Administration pour la performance économique (APE), qui paye cash son élection lors des législatives du 27 décembre 2025 à Kani, où il a osé affronter et terrasser le poulain du parti au pouvoir (Rhdp). Pour remplacer ce cadre devenu gênant, Méité Bouaké choisit l’auditeur, devenu son obligé, Soumahoro Falick Abou-Bakar. Désormais au sommet, l’ancien auditeur tient entre ses mains le poumon financier et opérationnel de la boîte : ressources humaines, finances, patrimoine, équipements.  Pour fêter cette promotion née d’une forfaiture, l’homme a organisé une réception privée à son domicile. Le champagne a coulé à flots devant un parterre d’administrateurs dispendieux, triés sur le volet et déjà rompus aux pratiques de prévarication. Comme pour marquer son mépris total des difficultés de l’entreprise, le nouvel homme fort de l’APE s’est octroyé, dans la foulée, deux (02) semaines de ‘‘vacances royales’’, dont le coût, estimé à plusieurs dizaines de millions de FCFA, frise l’indécence.

L’homme qui disposait de toutes les preuves pour assainir la Sotra a préféré s’asseoir à la table des prédateurs pour se partager les restes d’une société d’État exsangue. Voir un auditeur, garant de l’éthique, se laisser corrompre de la sorte est plus qu’inquiétant. C’est le signe clinique d’un système où la surveillance n’est plus qu’une façade servant à masquer les appétits des gestionnaires. À la Sotra, les bus manquent, les moteurs fument, mais la fête continue !

Fidès Symphorien