L’artiste plasticien ivoirien Sess Essoh expose du 1er au 31 octobre 2025 à la Galerie Eurêka sa toute nouvelle série de tableau intitulé DOMSIS. Dans cette œuvre, il explore des thèmes profonds liés à l’identité, la lutte et l’interconnexion entre l’individu et son environnement. A travers des métaphores puissantes, comme celle de Domsis, le Bousier, l’artiste illustre ainsi un voyage intérieur et extérieur, symbolisant la persévérance et la résilience face aux défis de l’existence. Dans cette interview, il explique ses sources d’inspiration et son matériau de prédilection.
Qu’est-ce qui vous a inspiré à faire cette exposition ?
Pour comprendre mon travail, en particulier celui-là, il faut faire un peu de genèse parce que comme je dis, mon travail est une suite logique d’éléments qui sont censés constituer un sens de lecture de quelque chose. J’écris l’histoire qui met en scène des personnages mythiques très souvent inspirés des contes et du syncrétisme africain ou adjoukrou dans lequel j’ai grandi. Donc DOMSIS est un mot adjoukrou. C’est un scarabée, en français, on l’appelle le bousier, qui est reconnaissable par la boule de bouse qui le pousse à reculons. Cet animal a la particularité d’avancer à reculons, et donc j’aime cette énigme parce qu’en réalité, il ne fait pas par hasard, et peu de gens savent en fait c’est quoi cette bouse qu’il roule et à quelle fin ? Donc j’aime en fait cette démarche de ce petit animal parce que ça correspond à une certaine vision de la vie que j’ai et en réalité plus loin on verra que c’est quelque chose qui peut avoir un rapport avec moi-même.
Doit-on dire que vous faites une autobiographie à travers cette exposition ?
Je ne sais pas si je dois dire une autobiographie, mais on pourrait l’aborder ainsi. Pourquoi ? parce que je parle de moi dans tout ce que je fais, et c’est le but de cette série, mais avant celle-ci, il y en a eu d’autres qui ont porté d’autres titres, mais toujours en rapport à moi, à une histoire, à ma vision. Concrètement je raconte l’histoire de la vie, l’histoire de société notamment la nôtre, mais dans une démarche qui doit amener celui qui est devant l’œuvre à une quête de sa personne.
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Combien de tableaux avez-vous prévu pour cette exposition, et quel est votre matériau principal et pourquoi ?
Je ne sais pas combien exactement de tableaux que j’ai ici. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que dans une exposition, vous proposez un certain nombre d’œuvre qui correspond à une certaine série qui a une cohérence et après c’est à la scénographie ou la galerie qui juge du nombre qu’il faut mettre. Mais pour revenir au matériau, je n’ai pas de limite d’utilisation de matériau ou dans les techniques à envisager. Parce que j’estime que ce qui est important c’est le sens qu’on met dans l’œuvre, ce n’est ni le matériau, ni l’aspect que ça aura. En fonction des thématiques, j’utilise les matériaux que j’estime plus adéquat à ce que je veux exprimer. Ici dans cette exposition par exemple, j’ai utilisé beaucoup de collage, de papier, très peu de peinture. Ceux qui suivent mon travail depuis savent que le papier pour moi c’est beaucoup de chose. Le papier en tant que support de transmission, la connaissance, objet, matière, matériau, support de contradiction.
En voyant tous ces tableaux, c’est sûr qu’il y a un qui vous parle particulièrement, c’est lequel et quelle en est la signification ?

En vrai, je ne suis pas vraiment du genre à préférer. Pour moi, ce sont des éléments d’un langage, chaque élément à sa place, et dès qu’un manque, toute la chaîne dysfonctionne. Mais si je devais choisir au hasard, ce serait celle-là par exemple, qui nous fait face elle résume tout le processus, le langage, la volonté d’effacement souvent, les collages, les matières, il y a du marouflage, il y a des images photographiques. Une multitude de matières que j’utilise qui sont condensée.
Votre exposition court jusqu’au 31 Octobre, qu’est-ce que vous voudrez que les visiteurs retiennent de vos tableaux ?
Je voudrais qu’ils se fassent leur propre idée, qu’ils fassent déjà l’expérience de la visite, parce que c’est important de visiter l’expo, on ressent quelque chose de différent d’une visite sur son téléphone, juste en feuilletant les portfolios. Donc il faut faire l’expérience. Et moi j’aime vraiment que les gens prennent le soin de faire quelques recherches, quelques efforts à ce niveau dans le but de comprendre les démarches des peintres. Chez moi il y a vraiment un effort de documentation à faire pour comprendre ma démarche. A partir du moment où on comprend qui sont ces éléments, on se fait une idée de la raison de l’exposition.
Réalisée par Sandra KOHET