Lors de la rencontre internationale organisée par le Hub des urgences de l’OMS AFRO et Fondation Gates à Dakar, Dr Etien Koua, en sa qualité de co-organisateur de l’évènement et chef du département de l’information sanitaire des urgences, de l’intelligence épidémique et de la surveillance de l’OMS AFRO, a dans son mot d’ouverture prononcé une conférence sur l’importance cruciale de l’intelligence artificielle (IA) dans la lutte contre les crises sanitaires en Afrique.
Le responsable de l’OMS a souligné que la région africaine fait face à plus de 100 épidémies chaque année, telles que le choléra, la fièvre jaune, la méningite ou encore la maladie à virus Ebola. En 2024, 145 nouveaux événements de santé publique ont été recensés, dont la majorité étaient des épidémies, illustrant la complexité croissante des crises sanitaires. Il a rappelé que nos outils actuels, basés sur des rapports papier ou des systèmes cloisonnés, sont souvent trop lents pour anticiper la propagation des maladies : les données mettent des semaines à remonter, ce qui coûte des vies évitables. La fragmentation des données et la réaction tardive entravent la réponse efficace face aux épidémies.
Solution
« L’intelligence artificielle n’est pas simplement une innovation, c’est une nécessité opérationnelle », a déclaré Dr Etien Koua. En exploitant des données satellites, des rapports cliniques ou des mouvements de population, l’IA peut prédire, plusieurs jours avant, les points chauds d’épidémie, permettant ainsi aux équipes d’intervenir en amont, avant que la situation ne devienne critique.
Il a illustré son propos avec l’exemple du choléra : aujourd’hui, la surveillance traditionnelle ne permet pas de suivre la progression en temps réel. Grâce à l’IA, combinant diverses sources de données, comme sur l’accès a l’eau potable, les précipitations, les risques d’inondation, les mouvements de populations,… il serait possible de mieux anticiper la propagation et de déployer les ressources efficaces, réduisant ainsi le nombre de cas et de décès.
Le rôle du Centre d’Excellence en innovation et intelligence des données (Data Sphere – Sphère des données) du Hub de Dakar dans cette révolution technologique
Le centre d’Excellence en innovation et intelligence des données, basé au Hub des urgences de l’OMS AFRO à Dakar, dirigé par Dr Etien Koua, développe des plateformes innovantes pour unifier la collecte de données, mais la vision va plus loin. Il s’agit de créer des systèmes de renseignement alimentés par l’IA, capables d’analyser en temps réel la mobilité des populations, de détecter des variants génétiques ou encore de prévoir les futures épidémies.
Les trois piliers de cette stratégie sont l’interopérabilité des données, l’analyse prospective pour une réponse proactive, et la conception centrée sur l’humain pour renforcer les capacités des équipes locales.
Dr Etien Koua a lancé un vibrant appel aux partenaires, experts en science des données (data scientists) et les communautés de pratique : partageons nos données, co-construisons des modèles, formons nos équipes. « Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère, où l’IA peut voir l’invisible et anticiper l’inattendu. Ensemble, transformons la prévoyance en liberté face à la peur », a-t-il fait savoir.
Engagement
L’OMS s’engage à développer des communautés d’experts, à encourager le partage souverain des données et à renforcer les capacités africaines en intelligence artificielle. « Notre objectif est que, d’ici la prochaine réunion, la surveillance basée sur l’IA devienne la norme en Afrique », a insisté Dr Etien Koua, soulignant que cette révolution technologique repose avant tout sur la collaboration entre gouvernements, chercheurs, universitaires et autres acteurs locaux.
« L’avenir de la sécurité sanitaire commence aujourd’hui, et l’intelligence artificielle en est la clé », a-t-il conclu, rappelant que cette technologie doit servir l’humain, et non le remplacer.
Il faut noter que cette rencontre a réuni une centaine d’experts du domaine de l’IA, de la santé publique et de l’épidémiologie, venus de partout du monde, dont Google, IHME, Oxford University, Havard University, plusieurs autres universités africaines, européennes et américaines, les instituts nationaux de santé publique, les laboratoires nationaux de recherche, des compagnies privées de technologies, CEPI, Institut Pasteur, Wellcome Trust, Gates, CDC Afrique l’OMS siège et OMS Afrique.
ARS, source E. K.
NDLR Le titre est de la rédaction