Un soir de première, Marc Herman est contraint de quitter sa loge quelques instants avant son entrée en scène. Il est emmené, de force et les yeux bandés, jusqu’à Monsieur P***, personnage mystérieux qui lui impose un dilemme qui va bouleverser le reste de son existence.
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On lui propose de participer à une émission de télé-réalité. Un concept d’un genre nouveau, qui repousse les limites de la décence et s’enracine dans les trente dernières années. S’il accepte, il prend le risque de voir étalés des épisodes peu glorieux de sa carrière, volés par d’indiscrètes caméras. S’il refuse, c’est sa réputation qui en souffrira irrémédiablement, après sa mort. Acceptera-t-il ce marché perfide ? Succombera-t-il au chantage ? C’est alors que surgit Hélène, journaliste ambitieuse, qui se propose de lui venir en aide avec un plan diabolique.
The Herman Show est d’abord un roman, un thriller médiatique revisitant les arcanes de la télévision, de sa transformation et de ses excès. En France, la télé-réalité a plus de dix ans : l’occasion de revenir sur un phénomène qui malmène les codes sociaux, bouleverse la morale, questionne l’éthique, et n’a d’autre choix que glisser progressivement vers l’insupportable. Existe-t-il une limite ? Est-on sur le point de l’atteindre ? Et après ?
Marc Herman y est le personnage principal. Une façon de rendre hommage à ses trois décennies de carrière. De larges pans de la vie de l’humoriste sont abordés en support à l’intrigue, mais il ne s’agit nullement d’une biographie. D’autres personnages réels interviennent dans cette fiction, comme Francis Lalanne ou les frères Bogdanov. Il ne s’agit pas non plus d’un spectacle d’humour couché sur papier. Si l’écriture est parfois légère, on n’y trouvera pas une succession de sketches désopilants. C’est d’abord un roman.
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(version numérique – 7,08 €) |
(version imprimée – 10 €) |
Extraits
J’ai douze ans, et papa vient de mourir. Il a fini par rendre les clés après cinquante ans d’une vie malade. Un matin, à l’issue d’une hémorragie cérébrale, tout le côté gauche du corps s’était mis en grève. Une hémiplégie qui ne l’empêcha pas de continuer à turbiner sec pour subvenir aux besoins de la famille. Il était indépendant, marchand de tissu. Je répétais à l’envi qu’il « faisait dans le textile », ça avait le don d’empourprer ma mère. Je sais que je devrais ressentir de la peine, comme tous les enfants qui perdent leur père, mais, étrangement, il n’en est rien. Il était déjà, somme toute, à moitié parti. Assis dans l’herbe, le regard vide, je ne rattrape que quelques souvenirs diffus d’un homme oppressé par les constrictions d’une vie difficile. Ses affaires n’affichaient pas les résultats escomptés par l’ambition du créateur d’entreprise. Ca se présentait pourtant bien, m’avait expliqué maman : pendant l’occupation allemande, il avait raflé les numéros gagnants d’une loterie, une manne d’argent à s’extraire du besoin pour cinq ou six générations d’oisifs. Pas de bol, quelques mois après la libération, un monsieur en pèlerine noire était venu nous annoncer qu’il fallait rembourser le pactole : c’était un tribu de guerre. La bonne nouvelle du soir ! Une telle scoumoune ne peut pas vous laisser indemne ; vous en portez les séquelles toute votre vie. Pauvre papa. Dans ma chambre, le soir, j’ai pensé qu’en l’apprenant, son sang n’avait dû faire qu’un demi tour.
Visibilité ! Maître mot de la caste. C’est elle qui fonde chaque décision, chaque mouvement, chaque choix. Brilleux en parlait fort bien, me dis-je. Je pense alors aux grands comebacks des ténors d’antan, et particulièrement des spécimens de la chanson française des sixeventies, vous savez, ceux qui parvenaient à nous faire balancer la croupe en souriant béatement et en agitant les bras comme si l’on trayait une chamelle bien achalandée ; ceux qui s’agitaient dans des scopitones grisâtres, écœurants de formes géométriques en mouvement, parfois escortés de danseusettes presque nues dont la seule fonction était de reproduire à l’identique les gesticulations du patron, au centre ; ceux qui débitaient, souvent faux, des textes qu’on eut cru tirés du courrier des lecteurs des magazines féminins – oui, ceux-là même pour lesquels une génération de fillettes impubères s’égosilla, se pâma, se détruisit parfois ; ceux-là même qui parvinrent à libérer la gent féminine des inhibitions du temps avec leur absolue guimauve, exploit pour lequel ils mériteraient tous une place au Panthéon des Révolutionnaires, mais qui, pour seul prix, se sont faits rétamer par la vague déferlante de la new wave, et retombés pour la plupart dans la nébulosité de l’anonymat. C’est peu dire qu’après un tel purgatoire, beaucoup se soient précipités sur les scènes des tournées nostalgiques, retrouvant pour un temps âge tendre et tête de bois.
Je me revois gamin, timide, voire timoré, béat d’admiration pour mon grand frère Guy, de dix ans mon ainé et doté d’un esprit vif forçant le respect des cadets. Je ne désirais qu’une chose : être comme lui, élégant, spirituel, écouté, respecté, et plus grand. C’est cette quête de gosse qui m’a mené sur le chemin de l’humour, par hasard, sans plan. Je suis tombé dedans sans m’y préparer. Tourner en dérision le moindre incident domestique, lâcher des calembours grossiers, concevoir des grimaces de singe, tout ça n’était qu’un moyen de m’affirmer au sein de la tribu (j’avais quatre frères), et de me rapprocher de mon modèle. Faire rire fut pour moi la possibilité d’une ascension familiale et l’assurance d’une protection contre les aléas de la condition d’enfant. Un jour, au cours d’une fête de famille, au beau milieu d’une conversation de table, j’ai lâché un jeu de mot, pile dans le contexte, et très drôle. Son contenu n’a pas d’importance ; ce que j’en ai retenu, c’est la jubilation intérieure que j’ai subitement ressentie lorsque tout le monde a ri. Ri de bon cœur, à gorges déployées, les mains sur les panses, et pendant de longues secondes. Quelle adrénaline ! Je connus là mon premier sentiment de profonde plénitude, que je m’appliquai désormais à reproduire le plus souvent possible.
The Herman Show – Falko Denoël – ISBN 978-2-87569-000-5 (numérique) – 978-2-87569-001-2 (imprimé)
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